Journal poétique / www.jouyanna.ch

abstraction

mercredi 9 juillet 2014, par Anna Jouy

Ce moment où quelqu’un disparait…ce n’est même pas un moment, juste une respiration, une note pointée.
Je veux dire où c’est une évidence : jamais plus ! Bel et bien disparu, effacé, comme si l’ombre qu’il avait encore s’était elle aussi définitivement laissée absorber dans le noir et qu’il allait être impossible de trier l’obscur de l’obscur. Jamais.
C’est donc une cause perdue. Rien ne fera ressurgir la silhouette, le trait, la démarche. Surtout pas la voix.
Une disparition, extinction de la chaleur, de l’éclat. L’allumette craquée qui a couru son chemin de bois et qui s’éteint ; l’amenuisement inébranlable, la vocation de raréfaction.
La nature même de ce moment, longtemps source lumineuse et puis à un signal sans signe, l’effondrement se met en route, les bases sciées, les charpentes dynamitées. Ça s’écroule lentement parfois et puis d’un coup la ruine est là, ne ressemblant à rien de ce qu’il y avait avant.
J’hésite entre les images de bâtisses désaffectées qu’on décide de raser. – on regarde quelque chose qui tient debout, qui a mis du temps à s’édifier et puis on presse sur le détonateur et 3 minutes après il n’y a plus que du matériau en vrac, informe. On n’en voit plus rien. Même les photos sont incapables de rendre allure au trépas.
Occultation radicale. Ce n’est pas une absence, un exil, c’est l’ellipse totale, le ravissement, la fugue absolue.
Ce qui frappe, ce n’est même pas que cela soit ainsi. Mais que de toute votre chair, vos molécules, votre souffle, vous le compreniez. C’est porté à votre connaissance non pas à hauteur de cerveau, d’idée ou de parole. Non c’est l’entier du corps qui en est bouleversé de le savoir, d’en prendre conscience et de l’inscrire dans la structure minuscule de chacune de ses particules.
A ce moment-là, c’est bien achevé. aboli.


larousse.fr

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