Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 205

samedi 12 juillet 2014, par Anna Jouy

Journal de l’aube. Le faire pour rien. Être à ce moment là comme le danseur qui écrit sur l’air et dont chaque mot s’efface aussitôt.
Danse-Rien est aussi éphémère que chaque mot prononcé. Ah ! l’orale leçon de cet art : je parle le danse-rien, je danse le parler-rien !!

Ainsi il y a des arts qui choisissent cette voix, cette voie. La danse donc, la musique, dont chaque note se meurt aussitôt accomplie, le théâtre et son inconstance intrinsèque, la cuisine ou l’ikebana… Chacun de ces arts œuvre dans l’oralité, qui noue son expression à l’éclatement momentané, au jaillissement, à l’apparition illusoire. Tradition d’une extrême richesse et de combien d’importance !

Ces voies –voix engrossent l’instant présent en accumulant leurs effets secrets et mystérieux ( mystère capital) leurs perspectives intouchables, floues, à l’arrière du monde. Nourrissent-elles la part insaisie de l’existence, l’âme peut-être, dans sa nature invisible… ?A chaque Bach entendu, musique absolue, c’est l’atmosphère du monde qui est régénérée. A chaque chorégraphie, la gestuelle du monde, à chaque saveur, la vie elle-même, renouvelées…

Et puis il y a la tradition écrite, celle dont la tâche est visible. L’écriture, l’architecture, la peinture, la sculpture, ou encore la photographie, qui a elle-même une place particulière, issue de la modernité, et qui semble être le scribe de l’oralité…

Arts de l’inscription qui au fond a pour tâche de donner à voir, comme disait Eluard, les nouveaux états du monde... Ceux-là même que l’oralité a générés peut-être ?
Arts dont les apparences-apparitions installent la réalité impalpable du temps. Je parle ici des ouvrages de grands artistes dont on sait déjà qu’ils sont les marqueurs d’une époque.

Ici, dans mon coin et sur mon blog- comme des milliers, je suis un littérateur de l’éphémère. D’abord parce que ce qui s’écrit, se dissipe rapidement dans l’impalpable virtualité, et ensuite parce qu’il n’y a rien de plus éphémère-oral- qu’un texte qui ne se lit pas et donc est invisible.

Il serait bien intéressant d’étudier l’incroyable oralité de l’écrivain de blog… Est-ce un genre neuf ? Après tout, ce type d’écriture n’est-il pas extrêmement proche de l’éclosion et de la dissipation d’une conversation ? Et puis cette littérature ne met-elle en question sans fin, notre approche de temps et en particulier du temps présent, et notre incapacité à le retenir.
Écriture blog, la littérature de l’oralité…


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