Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 225

mercredi 6 août 2014, par Anna Jouy

le voyage est un de mes stress majeurs. l’esprit rigide par besoin de sécurité éprouve ce type de mise hors demeure des plus éprouvants voire détestables. avec le temps on a l’articulation aussi dure que peut l’être la dent. mais il faut faire cet exercice, autant pour le défi que l’hygiène...donc je pars laissant sur mon carnet des traces, entre coup de frein et d’accélérateur

gare et train. refuge dans le nuage de musique. laisser rouler, m’apercevoir que je suis dans le mauvais train et qu’à Genève il me faudra chercher la correspondance. bouffée d’adrénaline one. n’ai-je pas croisé trois chats noirs sur la route du tout petit matin ? je me questionne sur la pertinence des pelages du chat en tant que marqueurs de l’avenir...

aéroport. file des gens qui serpentent. passer dans le détecteur de violence. entre temps, dans les lacets de cette "poya"* humaine j’ai perdu mon passeport ( non mais¨ ! fallait que je me paie une grosse piqûre de frayeur parmi tous ces rigolos moqueurs ou apitoyés)
non pas perdu mais fourré dans un endroit qui se soustrait un instant à ma vue, comme ça, pour le plaisir de m’envoyer faire un tour dans mes enfers.

beaucoup de moineaux dans le plafond en poutres de fer. zone départ-animalerie où je me sens plus sauvage que ces quelques volatils. je m’amuse à peine. je ne suis pas vraiment dans le flux, j’ai la tête dans le casque, espérant sans doute que le temps et l’espace ne m’échappent pas trop. zone de transit où je me recentre et pactise avec le mal inquiet, cette perturbation intérieure. mais ici je vois que l’attente est commune, que je ne suis pas différente des autres, que personne n’y trouve à redire, que l’on peut s’asseoir longuement à l’avance et que ce n’est rien, pas même une excentricité, une maladie, un prurit de non- contrôle. tous les gens ici attendent comme moi, avec les longueurs d’avance, des espaces respirables qu’ils se créent pour monter le ciel. je patiente. oui moi aussi je vais approcher le céleste nuage...

être assise côté hublot, voir la terre d’en haut, ce qui va changer totalement l’ordre de mes prières, du haut vers le bas pour une fois. cela place les dieux au ras des mottes.
soupe de pompons. le blanc tricote ce qui est sous mes yeux. on continue la montée on ascensionne on respire plus haut encore. parfois une petite secousse, un frisson et puis cette lumière empêchée de rien, l’éblouissement ininterrompu.. j’aime mais j’ignore si nous croiserons des anges métalliques. expérience qui entre par les pieds, remonte la colonne et me donne ce délicieux déséquilibre, celui que l’on a sans doute de n’être sur aucun élément ni mer, ni terre, ni feu ni même l’air puisqu’il y a le plancher qui tremble. chaque perturbation secoue le liquide de mon corps...ivresse liquide..
et puis oui, cette inversion des prières et des élans. regarder la terre et y voir en plein jour sans cesse s’allumer des étincelles : une verrière, un acier très fort, une fenêtre... la Terre vue d’ici brille comme la nuit quand j’admire les étoiles, par éclats merveilleux.
arrivée. approfondir le dépays, tremper la solitude dans le bain de foule, goûter à l’humain qui fouette. foule des grands aéroports. chemins qui se croisent et l’esprit mal pris qui s’enivre de cette sensation d’inclure et d’exclure, en permanence. être avec et pourtant si loin de tout. je suis descendue. le sol était le même que chez moi. Oui mais ici.cette immense proximité de l’eau et de l’océan...

poya* montée à l’alpage de nos vaches..

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