Journal poétique / www.jouyanna.ch

femme

samedi 30 août 2014, par Anna Jouy

Fille, naître sans. Une absence, un manque, un trou, tant de choses qui y tombent, s’y enlisent, le puits, l’insondé. Un trou dans lequel se fourrent, s’enfouissent la violence, l’injustice, mille et une ségrégations qui ne portent pas de nom, si petites, minuscules et qu’il n’est pas sérieux de dire.
Fille, naître ainsi, avec ce trou dans la tête, stupide fille, émotive fille, peureuse fille, fille moins… Entre ses paumes, des poupées, pour apprendre, - oui ça s’exerce l’amour-. Mais elle, qui le donne vrai et pur, à des substituts de pattes et de plastique ! Qu’importe elle s’en imbibe, apprentissage de l’amour par immersion. Ailleurs, on développe des stratégies de tanks et d’indiens, de musclors et d’aliens… . Ailleurs on se porte au combat crâne contre crâne, cerfs à mort.
Fille attelée à la tâche du ménage, apprendre le service, le quotidien, le bien-être général.Fille sous la coupe, religion (toutes les mêmes) de servitude, de dévouement, de silence et d’abnégation. Sans cri et sans révolte, fille bâillonnée, diabolique.
Fille que l’on tient dans le silence de la table. Trop bête, trop irréfléchie. N’a rien à dire fille, aucune parole, ni de demande ni de réponse. Fille en cage, maintenue à demeure, trempée de craintes et de solitude.
Fille sans études, sans métier, propre esclave.
Fille qu’on évalue sur son corps. Notes de seins, de chevelure, de jambes, de dents. Le reste ne va guère dans un lit.

Femme. Démultipliée. Shiva, tenant à bras et corps la charpente des jours. Portante souffrante accouchante. Femme nourricière, lavandière, ménagère, infirmière. Femme dans l’ordre des choses, ainsi soit-elle. « Moi les w.-c. jamais et je récure pas non plus et c’est du job pour elles en plus »
Femme, désargentée, jetée enfants sur les bras, dans la misère. Femme abandonnée spoliée, « je l’ai entretenue assez longtemps » Femme au salaire injuste. Femme traite par la publicité, avilie pour vendre, stigmatisée et méprisée pour des industries de cosmétiques, des magazines, des marchands de nippes.
Femme qui ne trouve sa place qu’en montrant les dents, qu’en se surpassant. Qu’on taira lorsqu’elle a soudain plus de talent, plus d’intelligence, plus de grandeur…faudrait que ça reste à sa place. Loi du silence sans mesure. Ou alors c’est un vrai mec cette femme-là et ça devient moqueusement supportable…
Femme qu’on rit ensuite dans ses légitimes revendications ,en l’attaquant sur sa colère, sur son besoin de justice, sur son physique… « mal baisée, putain, salope… » et sans remise en question aucune du bien-fondé de ces fonctionnements sociaux.

Femme vieille enfin, ignorée, refoulée. Il y a un âge limite à exister. Et être vive n’y change rien. Pour quelques stars siliconées à la laideur vénérée, l’énorme tas des êtres humains hors d’usage qui portèrent un jour ce monde à la respiration et à la parole. Femme vieille quoi que tu fasses ou dises encore, tu es déjà morte.


http://www.lapresse.ca/arts/livres/201106/02/01-4405419-le-nobel-de-litterature-naipaul-accuse-les-femmes-ecrivains-de-sensiblerie.php

de loin pas le seul...
nous vivons sur une planète où le 80% des hommes considère les femmes comme des bêtes de somme.
le 20% qui reste prétend à l’égalité sans pour autant que cela soit une réalité

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