Journal poétique / www.jouyanna.ch

tisserand

mercredi 3 septembre 2014, par Anna Jouy

Sur le canevas, un rectangle, comme un jardin. Un espace, une parcelle qui prend sous ses doigts des couleurs et des motifs sophistiqués. Un carton qui pompe les poèmes qui coulent des mains. Il vient de là-bas, des sols terreux des maisons de Turquie. Des sombres ateliers où s’activent les gens, dans le bruit cliqueté des bois de lisses. L’enfance sentait la laine, le suint et les teintures fortes. L’enfance tissait chaque aube d’une nouvelle histoire, scandée au rythme des pédales, une enfance à genoux, laborieuse et âpre mais dont les ombres et les lumières l’habitent pour toujours.
Il était jeune, trop encore pour le travail, mais ses frères et sœurs le faisaient. On l’asseyait dans un coin, sur des coussins. Il y avait tant de lumière dehors et si sombre, le dedans. L’ailleurs surgissait en silhouette, des hommes qui entraient et repartaient avec des tentures enroulées sur leurs épaules. Ils traversaient le rideau fort du soleil qui gardait la porte. Ils s’en allaient vers un autre univers. Lui rampait parfois jusque vers cette ouverture pour mieux voir ; c’était le monde aveugle du grand jour. Mais à l’intérieur, dans la pièce où la famille se tenait, les couleurs partout en écheveaux et pelotes, des nuances dont son regard s’imprégnait, s’imbibait, l’alphabet de l’arc-en-ciel.

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