Journal poétique / www.jouyanna.ch

nasses

dimanche 7 septembre 2014, par Anna Jouy

L’ancien monde avait disparu depuis longtemps. C’était un endroit où il ne faisait pas bon s’en retourner, un endroit sans clef et qui semblait être interdit à jamais. Avec une facilité déconcertante, elle avait réussi à effacer le temps d’avant, comme si pour pouvoir être dans cette nouvelle vie, aussi incommode était-elle, il fallait tuer le passé à jamais. Supporter l’épreuve était à ce prix. Condamner les portes, sceller les failles, rendre la vie étanche par étape, par chambre cloisonnée, la suivante rendant automatiquement les autres caduques et littéralement inexistantes. Tout ça était enseveli sous des monceaux d’obscurité, endormi ou putréfié, elle ne le savait pas. Elle avait pris cette habitude à force de vivre par à coup. Son chemin ne cessait de se casser, de se rompre, de l’enfance à cet aujourd’hui si étrange.
L’enfance qui l’avait quittée le jour de la mort de ses parents, accident de la route. Cela arrive. Et vous voilà dans une autre âme. Quelque chose d’entièrement différent d’avant, vous changez de moteur, vous passez à des fonctionnements de caisse trop puissante, vous ne marchez plus, vous roulez désormais, côtoyant l’outil qui a porté la mort autant qu’il vous remet les clefs de la liberté. Cette enfance de boucles, de découpages aux petits ciseaux fins, de poupées, de barrettes, de jupette "carronnée", cette enfance de rondes et de bagues d’or, s’était volatilisée d’un seul mot. Solitude.

Et la voilà dans un autre sas de décompression. L’adolescence morne, boutonneuse, laide, ennuyeuse, une terre sans lumière avec un plafond bas et de la brume et du chenit et du bordel. Un monde de glandes, de venins, d’hormones laborieuses, tendancieuses ne sachant où la mener. Une adolescence sans guide, que le flair, le nez, qu’elle suit en se prenant pour cette idole, qui lui ressemble croit-elle, ou qu’elle voudrait sa semblable, avec la même histoire ou le même brouillard. L’adolescence d’un corps qui se cherche,qui se métastase en poils, en poitrine, en bêtises, en éclats et toujours personne pour tracer, pour vérifier, pour confirmer. L’adolescence au puits le plus huileux de la vie...


work in progress.....
Nasses sur la plage à Fanfan, à l’ouest de Beauséjour.
600 x 361 · 111 kB · jpegAfficher la source : ti.racoon.free.fr

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