Journal poétique / www.jouyanna.ch

anniversaire

dimanche 26 octobre 2014, par Anna Jouy

De quel amour sont encore pleins les cadavres qui marchent ? J’escorte le chenal du fantôme, sa traîne au bruit de caoutchouc, tiraillant sur sa chair. Il avance ainsi et plus son pas, moins je peux retenir nos attaches. Il disparaît dans des zones où je ne le connais plus. Il me quitte. Je le dévisage et me sens comme une morne plage. Son corps m’éloigne du bord ; il a troqué son regard, sa peau, sa chevelure pour le ticket du mort. Et je ne le connais plus, tant il est loin. Ma vie- pareillement- me fait peur. Vais-je moi aussi mourir hors de moi-même ?

Il a mis depuis des jours son rire, ses révoltes et ses vigilances sur les cintres définitifs. Il erre d’avance à des gammes de spectre, marque d’une odeur vieille les murs et les chambranles. Il griffe une ligne de sel dans un verre d’eau de mer. C’était mon père.

Je ferme les yeux, recevoir ce poing qui écrase mon cœur. Dedans dedans. J’essaie de perdre sa trace mais l’oubli tarde. Il fait le tour de la Terre et le revoilà déjà dans mon dos. Il me traverse depuis des ans, sans plus me reconnaître..

Et cet instant où se brise à nouveau ma cicatrice et que saigne son passage entre la vie et la mort..

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