Journal poétique / www.jouyanna.ch

naître

mercredi 29 octobre 2014, par Anna Jouy

Vivre, c’est bien un jour décapsuler sa petite tronche à l’étrier, écarteler la bouche qui crie ou qui jouit. Vivre c’est bien un jour épanouir son crâne, ou son siège du manchon de souffrance. Eclore dans le rictus des lèvres et des fleurs. Glisser ses épaules dans le costard du tortionnaire. Et cette cagoule noire qui effare ton souffle et se noue lentement autour de ta propre mort, qui sait.
T’en souviens pas de ton petit rôle de bourreau, ton fouet, ta pile électrique dans le ventre de ta mère et elle qui dit tape-moi- je t’aime, je te veux…
Vivre, forcément vie et lance. Forcer sa trace, saigner au passage. Les femmes oublient combien elles ont retenues en elles de douleur, pour qu’un autre pousse leur propre cri. Elles lui ont fait des remises provisoires. J’ai serré les dents pour toi l’enfant ! Faudra bien payer ta sortie de Nuit l’abdomen, de Nuit l’utérus, de Nuit le boyau de ta vie. Appelle ta mère comme tu veux mais Vie et Mort aussi.

Puis dans ce laboratoire des supplices, à l’autre bout des sévices, tu entreras dans ta disparition ne sachant qui de l’autre côté serre les dents ou hurle de te laisser passer ton trépas.

Et maintenant mes gencives, éduquées, rangées de chagnottes en muselière, je parle et n’invoque la vie que de vagissements de la lumière. Ankylosée, sous les sédatifs provisoires. Je respire dans les contractions bâillonnées. Je me pince et j’attends.


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