Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 290

jeudi 13 novembre 2014, par Anna Jouy

Mon ami,
Nous ne serons jamais que de l’eau noyée, jamais qu’un arbre déguisé en plumeau, jamais qu’une pale au bout d’un courant d’air. Crois-moi on est loin très loin du sacré, très loin du mystère, à des lieues de la révolte et du crachat divin. Poète ? Rien de plus qu’une verroterie qui se prend pour l’éclat. Faut-il que tu confondes ton hoquet avec la poésie ? Je te vois errer dans ses alentours, tu aimerais, tu songes à elle. Tu enfiles à tour de rôle les défroques de tes idoles espérant qu’elles te reconnaissent des leurs. Mais faut-il vraiment que tu confondes ? Ce n’est pas le vin, ce n’est pas la poussière, ce n’est pas la solitude, ce n’est pas l’opium, ce n’est pas la maladie et l’exclusion qui les firent poètes. Tu songes faillir à ton idéal en vivant ta propre vie de gentil, d’homme de bien, d’être du tas. Tout cela n’amène en rien au Poème. Il y en a même qui éclatent sur des montagnes d’or. L’intégrité poétique n’est pas dans l’apparence, n’est pas dans cette pâle métaphore humaine de l’épuisement et du dépouillement. Sa nudité est infréquentable.
Etre poète est-ce un rôle dans le théâtre de la parole, une posture ? Quand tu ne seras plus rien qu’une titubante loque, le poème que tu abritais parfois comme un oiseau te quittera. C’est tout. On ne lit pas Verlaine, Baudelaire ou Rimbaud parce qu’ils furent maudits. Et leurs vies ne furent pas la source...
Reprends goût à la tienne...


BachiBac IES Drago - 2011/2013 : Les poètes maudits
bachibac.blogspot.com

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