Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 349

mardi 3 février 2015, par Anna Jouy

Il y a des montagnes- je suis d’un tel endroit- des élevages de terre faut-il dire- on a fait pousser ici de la pierre et elle a grandi (pour se distinguer, pour faire sa « maligne » comme on dit) élevage nourrissage. Cela force l’escalade, l’ascension pour ceux qui aiment, les forcenés de l’effort, les sublimateurs d’ambition céleste qui ne parviendront guère plus qu’à cette sensation de s’être »élevés » eux aussi.
Dans ce monde aussi taupinière, il y a aussi le creux, le trou, l’envers du décor. ..Et mon jour est pareil, ouvert sur ses précipices. Où suis-je ? Dans un pays calme et tranquille dont le paysage n’est que contrastes : pulsions et répulsions. Je me sens pareille oui sereine et pourtant enfreinte de crises sans cesse. Sous la carte postale de mon visage figurent ces géographies imprenables de cimes et de failles.
Une sorte de férocité me couve, le fonds de la brute en livrée nuptiale. Mélange domestique d’un parsemis de taches pré et de taches nuit. Un granit dressé et une rogue de falaise, le grief irritable, subit et abrupt. Je me sens moi aussi devoir monder l’impur, tendre une misaine de glacier sur le mât de cervelle. C’est en effet du lourd, j’ai mon magot de pierres sur la pelouse et seule l’industrie légère de quelques oiseaux. Je harde mes envies à des cordes de rappel. Il faut me hisser sans doute, avec cette exaspération de bouillons tristes. Et aussi cette dextérité d’escamoteur, il me faut empocher ces doubles coups haut et bas, et quitter. Maniaco-dépressive à la Suisse, c’est-à-dire encloquée de l’intérieur silencieux …

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