Journal poétique / www.jouyanna.ch

le recel

lundi 13 avril 2015, par Anna Jouy

Celle cernée
Je ne connaîtrai jamais la joie. Je te le dois. J’ai appris de toi l’inexistence, le dégoût, l’inadéquation et le mal être. J’ai connu mon manquement, mon incompétence, ma disqualification. Je te le dois. Tu as mis tous tes anticoeurs dans mon sang, tu as inoculé méticuleusement le venin, le poison : ma terre est pétrifiée. Jamais il ne me sera possible de n’y planter aucun amour. Car je ne peux m’aimer.
Je ne connaîtrai jamais la joie. Pour cela le sais-tu, il faut être heureux de soi, de son corps de beauté des choses qu’on sait faire, dire ou chanter. Mais j’ai appris de toi que rien de moi n’avait d’importance. J’ai grandi dans l’insuffisance du vivre comme il se doit. Je te dois de n’être rien qui puisse me satisfaire et je suis ma propre nausée. Je te le dois, je te dois ça. Tu as fait fort, je suis devenue l’outil de ma propre absence.
Je fais semblant, je sais comment ce serait, je peux deviner. J’abuse des parades, des parures et des masques. Je tiens mon rôle mais l’âme n’y est pas, le frisson n’y est pas, la main est dans la poche, dur caillou qui traîne. Le fonds de moi est une terre empestée.
Et encore
et toujours
et partout
ce ne sera que ça que souligne l’addition des jours. ce recel planqué dans le cellier des vivres.


Joel Meyerowitz | Palacescope
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