Journal poétique / www.jouyanna.ch

volages fleurs

samedi 4 juillet 2015, par Anna Jouy

J’apprends de mon voisin que mes fleurs violent son gazon, à pleins pollens, à pleines graines. Une équipée sauvage, une expédition punitive : mes fleurs ont rassemblé en secret leur bataclan et dans une pulsion irrépressible ont pénétré le dit gazon par tous les espaces et par toutes les ombres. Et que voilà donc le frais tondu, le ras nickelé du terrain, le modèle pensionnat des herbes et des parterres, désagréablement métissé, dés-intégré, dépucelé. Mes fleurs, que je pensais être de petites follettes certes, ou de grandes bêcheuses aussi bien, de la grâce fluette à la croupe bourgeoise, ces empanachées de la verdure, ces donzelles au képi, ces majorettes de terrain de foot, mes fleurs, sont des semeuses, des enquiquineuses, des subversives haut de gamme, des obsédées sexuelles !… Allons osons, des terroristes.
J’imagine, la nuit, le jour, par tous les coups de vent, les escouades granicules, les commandos de la bandaison, les groupuscules vaporeux s’abattre tels de sauvages spermophores, là-bas, pour porter la jouissance au wimbledon pudibond de mon voisin et le faire virer sa cuti. Fornicatio florescensa s’émeut mon latin de cuisine.
Mon impuissance est grande, presqu’aussi forte que la rage du cher homme. J’ai beau lui dire que je perds moi-même énormément de graines et de futures petites, que le préjudice que le vent me fait subir est vaste et non dédommageable… il ne veut rien entendre. Entre nous désormais, ce voile envolé permanent aux couleurs variables, aux parfums changeants et aux formes inattendues.

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