Journal poétique / www.jouyanna.ch

dans la nuit

jeudi 6 août 2015, par Anna Jouy

Jamais ne me sens plus forte que lorsque j’enfile ta peau, que j’entre par effraction dans ta tête. Je revêts ton corps, je décalque, j’imprime tes figures, la triste, l’inquiète et ce regard quand tu tombes amoureux.
J’adhère, j’investis, je colle mon âme sous ton épiderme : je suis ta maladie, ton souffle, le moule parfait de ton envers. Je me ventouse à tes socles, tes postures, tes gestes. Tu ne sais rien, mais je suis dedans. Je me sens être toi, je me sens flux dans le fleuve de ta voix. Jamais alors je ne veux d’autres mots, mais que les tiens, leurs accents, leur trébuchement et ce goulet de gorge où les verbes butent.
Je suinte ta parole, ce quelque chose qui ne peut pas être différent : tes molécules parlent -écrivent, et moi, ton fantôme habitant, je soliloque du bout de ta langue.
Il n’y a en somme que des cryptes de chêne, des respirations hors d’âge où je songe qu’hier est à ma portée.
Alors que tu m’écris de ta trace titubante, de la filature des escargots, des chemins imprévisibles, je fais semblant de te comprendre. Je t’aime. J’entends parfois la langue étrange, le dialecte du Chiffre avec ses codas sans sésame. J’entends, Pentecôte des oracles, que la flamme qui t’a piqué est celle des feux follets et que tu n’échappes pas à cette démangeaison de mouche dans le bocal du soleil. Tu essaimes le fil lumineux des ampoules de la chambre. Ne sais-tu pas qu’une femme peut aimer en homme lige ?
Ces mêmes territoires du désir n’ont jamais d’autres passeports. On traverse aux identiques gués, à cheval sur le cri de nos pierres. On s’oublie, on se souvient.
Je m’éveille dans ta mort et meurs dans le lever de l’arc. Torque au cou, suffit juste de trouver le fermoir pour étrangler notre cercle. Je pose sur toi la fièvre, les morsures chaudes, accès inchastes d’une écope de jouissance.


La nymphe Écho 1874, A. CABANEL

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