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J’habite en Suisse. Ce n’est pas vraiment un...

samedi 8 août 2015, par Anna Jouy

J’habite en Suisse. Ce n’est pas vraiment un pays.. Plutôt comme une chaîne de nævus déposés comme ça sur le dos des grandes nations. Un pour la France, un pour l’Allemagne, un pour l’Italie, des sortes de proliférations irrévérencieuses, assurément Alpes bénignes sur leur épiderme. J’ai mes molécules, bien à moi un genre un rien troublé puisque je manque du lisse pâle des peaux ordinaires. On me sait appartenir au même grand corps mais on me sait aussi extraite par abus de cellules, ô richesses, ô coucous, ô écus en écot ou en chocolat ...
De cellules ? J’y viens... C’est si petit chez moi que même quand j’ouvre l’horizon, j’ai le nez chez le voisin. Si petit que même l’esprit large ou l’ouverture maximale, tout me revient tout de suite avec le sentiment d’un boomerang si court, si fulgurant ! On ne demande pas aux laborieuses fourmis d’avoir une idée de l’infini...
Je ne fais pas partie de l’ailleurs mais pas du là non plus. On n’aurait pas idée de me dire étrangère, mais pas idée pareille de me dire du giron. Je suis du grain, du lentigo oublié, comme un pois de senteur sous les matelas de l’aube.
J’habite à la croisée précise des axes, dans le centre immobile de la roue pressée des grands cyclopèdes. Je vois bien que ça tourne mais Galilée n’est pas mon dernier requérant d’asile.
Et puis j’habite aussi la Romandie, ce n’est pas vraiment une région... Plutôt comme un tacon reprisé sur le dos de la Suisse Alémanique...
Et puis j’habite encore un canton comme un revers de veston, velours noir et blanc.
Et enfin j’habite un village, le dernier loch d’une foule de communes, comme du semis de minuscules sous un parvis d’univers.
Et dans ma maison, qui ne représente qu’elle-même, qui a la bonté de me garder sous ailes, sinon que serais-je ? Qui achève de me classer dans le bourgeois emplumé. A laquelle je suis obligée de laisser la parole pour me dire, puisque c’est ainsi et que je ne fais aucun effort pour me donner à voir autrement. Dans ce pixel du géographe, il y a foule, comme le monde en visite...


Je classe effectivement mes textes et j’ai trouvé ceci dans les mots sous l’aube rubrique matin /
et pour répondre à C Sanchez, coccinelliste de haut vol : oui, ce travail de remise au propre me permet de voir qu’à l’évidence il est temps pour moi de décentrer.
Chapeau à ceux qui osent le voyage.
(pour moi ce sera sans doute le virage de textes longs où je pourrai me perdre en vous conduisant par l’imaginaire...)

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