Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 440

dimanche 16 août 2015, par Anna Jouy

Ma porte donne sur la rue, je le sais bien. Mais ce n’est pas sous le cercle du réverbère que je reste et l’attends. Ce n’est pas par-là que je pourrai revenir. Le cœur étreint, mes pas commencent à fouler le dedans de mon corps. J’approche. À moins que ce ne soit le bruit de la pluie ? L’ombre est là. Il y a moi et puis elle. Et entre nous, un animal silencieux déploie des écailles, des limes, des structures à écorcer la peau. Ces montées râpeuses et des feux volants. Dragon intérieur, volière affolée, livraison sauvage de sexes bêtes. Toujours les mêmes gestes, toujours à fond, mais jamais d’identiques sorties de bouches, de semblables phrases. Le corps en réclame et proclame, des adjectifs à la pelle, les roulées, les profondes, les autres, plus serrées, plus exaltées. Jamais autant de mots pour traduire un silence. Le bruit, rien que ce bruit qui ne dit ni bonjour ni adieu, qui noue les mains dans le dos, qui empoigne la langue, qui grimpe et tend d’une force sans répit, le flux si mince des gens qui taisent sans savoir ce qu’ils aiment. Poings au tambour. Tout le corps, devant, dos, tout, même les parts bleutées qu’il y a derrière les paupières, tout doit résonner. Retentir verbe. Aller, aller…Venir. Devenir. Il entre cet animal. L’insoumis animal qui dort tapi dans le ventre.

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