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dimanche 23 août 2015, par Anna Jouy

...Je suis en ce moment sur la côte de Nacre, en Normandie, là où tu dis avoir vécu il y a peu. J’y retrouve la bonne couleur du temps, un sablier très blanc, irisé comme la neige. C’est un espace où m’absenter de moi, comme le ciel dans l’eau. Me promener sur la plage aux bordures élimées, sablonneuses. Avec le ressac pour espérer, cette immensité qui ne cesse de fuir avant de revenir. Mettre dans l’océan mes dernières chances d’un monde qui bougerait et danserait sans être d’aucune folie. Je crois en la mer comme en la seule explication plausible d’une vie si instable, si mouvante qu’on puisse y faire tant de naufrages. Je cherche à comprendre la mienne dans le cahotement de l’océan fait de vagues. Je cherche aussi un sens à cette affolante dérive que fut la tienne. Oui. Je suis à la mer. Ça ressemble pourtant à la campagne. Il y a de l’herbe partout. L’existence agitée de la station balnéaire semble très loin, presque ailleurs. Il y a moi, et puis ce silence, cette présence cachée qui me tient ficelé un peu à toi. Que pourrais-je dire ? Il y a ton histoire et puis la mienne. Définir quand la balance a changé de côté ou quand l’équilibre s’est-il rompu, par exemple ? Si le coq a chanté le coq et s’il y eut des mensonges comme on se signe du front, de la bouche et du cœur, Inch’Allah ?
J’ai vécu comme quelqu’un qui ne sait pas vraiment ce que c’est, qui n’a pas idée de chercher à le savoir et qui se contente de la grâce qu’on lui fait de l’accepter ainsi. J’ai grandi recevant tout ce qu’il fallait d’indifférence pour regretter de n’être que moi, et vouloir créer quelque chose de plus beau, de meilleur. J’aurais dû me révolter, j’étais trop content d’être accepté pourtant. Je passe mon temps à tisser, je ne sais pas faire autre chose. Mais être, ce n’est pas de fils et de broc qu’on le devient. C’est une lente montée de la terre, une poussée merveilleuse, de l’engrais d’homme et des chaleurs terriennes. Ce n’est pas mon cas et à toi, cela t’a demandé beaucoup de courage.
Je réclame de la vie des choses étonnantes ou alors rien...


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Courseulles-sur-Mer

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