Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 454

jeudi 10 septembre 2015, par Anna Jouy

Moi aussi quand j’y pense, j’ai quelques morts qui entrebâillent ma porte. Je les vois hésitantes, presque des jeunes filles avec leur lampe et le dossard de l’infini qui leur colle à la peau. Je pense qu’elles sont à apprivoiser, à tranquilliser doucement avec des rondes et des comptines. Je m’y applique. En vain. La rumeur est déjà passée et quand elles me fixent, je sens leur inquiétude comme un bouillon sur l’étang des dernières heures… Quand j’y pense, que j’aimerais parfois tomber la veste, et tout le reste, l’encombrante pesée quotidienne des oiseaux ! Les palombes ne prennent pas un gramme, la paix non plus. Moi aussi j’aimerais avoir un cheval, une toundra, être de la yourte, me lever cigare et mourir violon. J’aimerais une vie sans selle, sans rennes, toquée comme une tour de Babel. La vie se lève à l’Est, chaque matin, sous mon rêve, l’extrême soleil m’appelle. Mais je suis à demeure, une femme serpent, avec entre les reins, la mue inachevée, une rupture impossible. On ne sépare pas les vagues de l’onde.

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