Journal poétique / www.jouyanna.ch

d’ici pourtant

mercredi 7 octobre 2015, par Anna Jouy

Le ciel, à l’image grise des hommes, m’entoure le cou. Drap que je porte sur la voix, brumeux, ouateux, pour couver lâchement mes crachats, ma colère de quartier, mes violences de réverbères, pissotières municipales pour le toutou modèle que je suis. Je suis un beau parleur local, petit, circonstancié. Le ciel autour, soie grège, mal débourrée, le bombyx étourdi à peine éclos et ses grands cils battus de papillon sans vol.
Et tandis que je rumine des vapeurs de terre qui remontent droit des labours, que je mastique le mol emphysème de mes alvéoles oratoires, les bouffissures orgueilleuses de mes soi-disant certitudes humanitaires, mes convictions biliaires, j’entends cette cloche monocorde vaquant à ses faire-part de décès. Le ciel, à l’image grise des hommes, éponge encore un peu de mort simple, un quelqu’un que je n’ai jamais regardé, à qui jamais je n’ai dit un mot. Mon voisin peut-être, de la même herbe que mon pré, s’en est mort et pourtant m’indiffère...


Scientists Photograph Soul Leaving Body At Death, According To New ...
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