Journal poétique / www.jouyanna.ch

couture droite

lundi 9 novembre 2015, par Anna Jouy

Elles me tournent le dos, appliquées. Couture à blanc, sur des feuilles de papier. C’est comme ça qu’on s’exerce à filer droit, à filer souple. Le bruit des machines cousant des pans de vide, une étoffe invisible sur une étoffe de silence. Les Singer chantent comme de vieux trains, de bielles divas en manivelles de cinéma. Ça roucoule monotone, doubles rails qui foncent. Je ne sais pourquoi ce sentiment que ça coud deux parties de moi, moi et ma doublure, l’ombre et la chair, le dos et la face. Un geste longuement exercé, longuement écrit déjà aux points invisibles. Je mesure la régularité du son des canettes. Je suis à la surpiqûre, toute perforée et tenue moi aussi ; je me laisse assemblée Mais ce projet de tenir indissociables les contraires avec un faufil d’apparence me semble si réel soudain. Le blanc donc embrocherait l’encre dans ces noces de coton, une crémaillère bridant les épars.


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Messages

  • De fil en aiguilles..le supplice des essayages.." Tiens toi droite - mais tu me piques avec tes épingles.." Petits points rouges sur la peau ,accrocs de tissus, chair d’enfant et chutes récupérées de la dernière robe de ma mère. Taillée, en réduction dans ses jupons, j ’étais agraphée à elle , par l’autre, la couturière haineuse, sa belle-mère !

  • Ma mère savait je sais aussi un peu mes élèves quant à elles se transforment en conductrices de train... Viiiiite :-)

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