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journal de l’Aube 495

vendredi 27 novembre 2015, par Anna Jouy

Je passais par la nuit, la porte était ouverte, je sentais un courant, la rivière dormait donc, paisible liane noire retenant un lointain qu’on appelle infini, je passais, suis entrée, posé sur le seuil mes chaussures sales, ne rentre ici que l’âme, le corps reste dehors, le chiffon intérieur, rétréci, torchonné, il fallait le tremper, là, à l’instant du fleuve.
Les fibres ont bu et bu encore, j’aurais aspiré la nuit entière, sa longue racine céleste, un canal, l’écluse et l’estuaire, tant de sec et de bruits dans ma vie ordinaire qu’il n’y a pas de trop des mers noire rouge morte baltique caspienne pour renflouer le désert devenu.
Par là, dans le chas de ténèbres, je devins grande méconnaissable, j’embrassais les sans- distance, l’informe, mon ombre parmi les nombres, l’infini zéro et sa pupille de serpent. Mon rien prenait une telle ampleur.
Je passais, par la nuit, et j’en reviens, le limpide invisible s’essuie, mon front surgit, motte de terre grouillante d’idées noires, les restes lents du monde échoué, je reviens des apnées, du solde de l’ailleurs, mon corps remis à ses pas, ses gestes, ses vanités.

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Messages

  • Il y a quelque chose du désert,
    là où tout s’arrête,
    et même la mer,
    coupée en deux,
    se dresse, immobilisée.

    Passé par le chas des ténèbres,
    le corps reste extérieur,
    une paroi invisble se tend
    entre les espaces ;
    Je n’arrive pas à les franchir .

    Est-ce un astre noir,
    qui absorbe la nuit entière,
    et la défait ?
    Le monde s’est échoué
    à portée de main .

    Mais c’est encore trop loin :
    mes bras ont beau s’étendre ,
    ils ne touchent rien.
    Comme la parole dite : elle
    se fige sur place, même avec un porte-voix .

    - 
    RC

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