Journal poétique / www.jouyanna.ch

lexique de l’aimant

lundi 7 décembre 2015, par Anna Jouy

Et ces espaces, où l’on parle des langues étrangères, ces lieux où je n’ai que la tristesse humaine à partager. Qu’ils disent et racontent des floraisons de mains ouvertes ou le profond chagrin…
Je suis dans l’exil de ne rien en savoir. Et je soupçonne que leur vie comme la mienne perd lentement ses sucs et lentement mûrit des graines vides.
Je soupçonne que leurs cris sont pleins de vins, de tabac et de chicots de détresse. Il y a trop de rubans de pleurs qui secouent leurs noces tragiques. Des grelots de conserve et de faim.
Qu’est-ce que j’en sais…
Il faut traduire un à un leurs regards et le boulier humide de leurs cils. Ils me parlent l’étrange et quand ils chantent, je vibre d’une cloison de peau entre mon âme et le mouchoir de leurs yeux.
Ils ne savent pas et moi j’ignore. Tout ce qui nous reste est le soupçon, la pincée de parole qui sale le temps et nourrit le feu. Mais je peux changer l’eau en vin si je le veux, les mots feront le banquet de nos fuyantes bouches. Je déciderai de la forme rouge de nos boissons, le lexique de l’aimant.


Notre-Dame du Cros, à Carcassone

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