Journal poétique / www.jouyanna.ch

crisis

dimanche 13 décembre 2015, par Anna Jouy

...Maintenant, en y repensant, en l’écrivant, je me rends compte si bien de la manière lente et sournoise avec laquelle le mal, que j’abrite et protège, a amassé le matériau propice à tout faire sauter. Comment je me suis concentrée sur les détails, comment le décor tout entier a joué la pièce, bien en dehors des personnages, lui ou moi d’ailleurs. Nous aurions pu parler des heures durant dans la lucarne d’un ordinateur, dans le parloir de nos prisons, dans des téléphones qui sait. Mais ici dans le réel, dans mon lieu de vie, dans mon rapport angoissé avec la réalité, il était impossible que cela ne se passe pas ainsi. La maison, son mobilier, le parquet, les murs, le plafond lui-même tout chiné de Macanudo, tout l’environnement a résisté à l’empathie que je voulais essentielle. Ligue frontale, le monde s’est dressé entre nous. J’ai hurlé, en première ligne. Comment pouvais-je m’opposer à tant de contraintes, d’évidences physiques, d’angoissante incertitude. Le monde était si dérangé.
L’étonnement. L’homme n’a pas crié. J’ai vu sur son visage, dans son regard, d’autres questions. J’aurais voulu d’un seul coup tout frotter, tout laver, vite revenir vite en arrière, refaire au propre le terrain de notre conversation, recommencer quelques lignes avant, avant mon cri, ma stupeur, l’incontrôlable dictature d’un mégot de cigare et d’une miette de toast qui me domine et me pousse à une guerre anti humain. Mais il n’a pas compris la réalité de ce qui se passait...


work in progress

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