Journal poétique / www.jouyanna.ch

Ecoute Pärt...

cadeau

jeudi 24 décembre 2015, par Anna Jouy

j’écoute,
pour combler le vide sidéral. Pärt défonce l’atmosphère. une aiguille de mercure. l’or solaire fond et la musique fuit, comme devaient s’introduire des venins, des gaz rares, une filature de fiel sous la peau.
il arrive de très loin, emporte avec lui la rareté de l’air, l’intensité du ciel, trop haut pour l’humain, la voûte, où je cherche un spoutnik de foi.
ce n’est pas forcément qu’il a compris, c’est seulement qu’il évoque, bien au- dessus de la surface du monde. musique de biosphère qui ne pouvait exister qu’après Gagarine, après le blasphème anti-gravitation, après le viol de la lune.

écoute Pärt .
ou faut-il dire que c’est lui qui m’engraine, sans volonté de ma part, mais par les failles encore vierges de mon âme ou du sol poreux de ma peau, par les zones non étanches : sa nuit m’inonde de son cosmique, de son néant, de son liquide. on ne peut que presser la nuit pour avoir une goutte de cette encre. Pärt distille de l’étoile pour avoir le ton.

ensuite tout se met au diapason. et moi.

musique qui vient de je ne sais quel endroit et qui parle l’inhumain sur le bout de la langue. qui sait comment lier deux droites très longues et qu’on devine intimement interminables, pour croiser ailleurs un mystère.

musique du diaphragme, de respiration retenue, où l’apnée poétique saoule de beauté et d’inquiétude aussi. je m’attends à ce que s’écroule toute espèce de vie, d’en oublier définitivement mon corps, de l’autre côté.
mais en fait y a-t-il jamais eu de petit rectangle de verre poli, là- bas, derrière moi, miroir dans lequel je suis entrée nuitamment. je ne veux plus revenir, je disparais de la respiration, de l’ouïe, de la présence.

mais soudain, une prise d’air contrainte, suis de nouveau dans ce silence étouffant et qui est celui de la chambre où j’étais à peine cadavre, à peine née. surprise peut-être d’avoir des yeux ouverts ici quand j’ai cru tout abandonner pour l’aveuglement.

puis à nouveau, un long étonnement du souffle, un prolongement monocorde et régulier, si stable. je poursuis, lancée dans le mouvement naturel de l’univers en quête de son pourquoi. monde sans couleur ou alors de ce blanc perdu du ton, dans le merveilleux silence sidéral, ce mutisme en continu car je ne perçois que le duo instrumental et l’orchestre muet du néant.
la résonance même du soi-disant néant me semble soudain devenue comme une virtuosité du divin, d’un dieu vibratoire, Celui qui résonne de ce qu’on fait, joue ou dit...
intuition poétique sans doute du musicien qui confie au vide la partition du Si Fort.

écoute Pärt.
mourir entre les plis mystérieux de son voyage...ou naître.

< >

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.