Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 508

lundi 28 décembre 2015, par Anna Jouy

Je prends mon ombre pour sa pesée. Elle se débat. Elle se refuse.
Au sol, aux murs, au loin. Ça rampe. Je la ficelle, je la bouloche. Je la capture. Pesée nécessaire. A-t-elle maigri, forci ? Ou stable humeur sous surveillance ?
La balance tremble un peu, tare la folie. Tout remettre à zéro.
Je caresse son cou, le duvet de ses songes. Elle se rétracte, se serre contre elle-même, animal vaincu sous un joug d’oiseleur. Je l’installe. C’est délicat. Combien de temps accordera-t-elle à sa mesure, la fraction divisée de mon être ? Combien de temps pourra-t-elle goûter ce détachement, la liberté du pèse-rien, hors de moi, hors le gnomon de sa cour.
C’est délicat… Faudra ôter les mains, lâcher prise et la laisser tremblante dans la coupe Roberval. Avoir l’œil sur elle et sur l’aiguille, capter l’infâme poids d’un cil. Combien lourde elle demeure et combien réticente elle reste à sa levée de corps ?
Je porte mon ombre vers sa pesée. Je l’amadoue. Je compte discrètement la valeur de ses os, palpe chair et nerfs, expertise de métier. Je chasse l’ombre depuis si vieux. Chaque matin il faut la rappeler à l’ordre de l’aube. Claquer le fouet, au pied ! Elle revient. N’existe que de mon soin.
La tige pointe au zéro. C’est sous la virgule qu’il faut compter.


Pesée : Geo.fr
www.geo.fr940 × 705

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