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journal de l’aube 511

vendredi 1er janvier 2016, par Anna Jouy

Ce sont des aubes qui coagulent, des caillots surpris sur la veine.
Je m’attends à cette cuisson express du temps, la prise d’un ciment d’air dans la purée de mort. J’attends le spectacle de la lumière. L’ombre précipite, laissant sa morve dans de l’eau nette. Elle dessine, sa rencontre avec le jour, le suint, le clash de foutre contre pendule, coït des mondes.
Les mots ne s’abstiennent jamais. Ils poursuivent la trace d’eux-mêmes, tentent de retenir le geste qu’ils couvent. C’est un combat déloyal.
L’aube est un mystère dévoyé qui ne s’en remettra jamais. Il faudrait conclure un pacte moins éphémère. Je disparais dans le mirage, une fluxion de parole, l’ampoule de mots prête à crever. C’est le ballon gonflable, le pus ordinaire. Un peu de sang, pompé à l’aiguille. Je fais mon ouvrage infirme. Je tente. Chaque jour l’ampoule explose.
Les mots ne s’abstiennent jamais, bourdonnent sous l’os. On dirait une onde fouleuse, le mouvement de masse des fêtards. On dirait la boue. Je dois tremper là mon mouchoir, capturer. Espérer que la fange se mette à parler. Je travaille à l’extraction. C’est un job à la chaîne, à l’esclavage. Rite ouvrier. Voir passer parfois le miracle, il s’enfuit dans le circuit automate. Je ne retiens rien. Je suis un trouble moi-même, un zèbre qui s’ébroue.
Ce sont des aubes qui montent. Je les sens venir. Un mouvement de fond en combles, tandis que dehors l’horizon commence à lever, dedans dans mon ventre, les mots se mettent à cuire…

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