Journal poétique / www.jouyanna.ch

ciels

samedi 16 janvier 2016, par Anna Jouy

il y a toujours de ces jours où, en plein hiver, on sort le printemps pour voir de quoi il aura l’air. alors le ciel est bleu, une lumière pure et neuve...on se sent du parti de la vie, propagande réussie. on vote pour, on est d’accord. la verdure, les fleurs dans le tapis de mousse, le grand bazar des hormones tous terrains.

il fait un jour comme ça. je sais que demain ce sera neige par tombereaux mais maintenant un azur tranquille, de flamands roses et d’albatros nimbus. l’Est a changé un peu sur le profil des montagnes, lever du soleil plus à droite derrière ce pic sans nom. les ombres sont nettes, aucune perturbation ni inflexion grise sur la gueule du Gai Printemps.

et c’est dans ce genre d’instant, qu’on sait hors nature, dans ce genre de moment où la raison percute de plein fouet le ventre rond de l’imaginaire, que vient cette espèce d’amertume acidulée de vivre. toutes ces choses, comme des mises en demeure d’exister alors que l’on se sait retourner tantôt dans le cocon mortel et blanc du grand hiver.

quelque chose se noue dans mon ventre. comme une tresse à trois brins. l’extrême joie, l’extrême peur et l’extrême raison. comment être dans ce boxon de contradictions ?

Il dit que je ne dis rien. Que les mots sont des mots et qu’ils ne m’appartiennent pas. C’est le hasard qui les fait sortir de ma bouche, la parole est bien au-delà des corps. Ça vient de derrière l’univers presque.
peut-être a-t-il raison… ?

Il y a une forme de mensonge à écrire la vie car la vie est ailleurs, il dit.

mais peut-être a-t-il tort… ?

J’écris comme on ouvre la porte ou la boîte, je décapsule. Tête bouchon à faire péter au plafond. Il y a des jours où les bulles sont énormes et s’écoulent partout et puis des jours de vin huileux. Rien qui s’échappe.
Quand on tient le rôle de barmaid, ce n’est pas évident de savoir que les clients ont toujours soif et que tu ne donnes rien qui les satisfasse. Mais en fait, ils ne viennent pas forcément pour les alcools. Ils viennent pour mon cul, mon corps, mes seins qui balancent, petits shakers du désir. Ils en veulent à ma chair, en veulent à ma voix qui taxera le plaisir.

Ça fait 4 balles 50, s’il vous plait...

J’écris comme ça derrière le zinc, à l’ouvre- bouteille, à la manette pression, au verre... Je veux un pourboire mais c’est moi qu’on vient bouffer et sucer, la langue au chalumeau et les joues aux glaçons.

C’est comme ça écrire. Croire être le vin mais n’être que la fille du comptoir


1.

< >

Messages

  • Artisanat et intuition, une forme poétique organique et immédiate soit une interaction permanente dans le corporel ... C’est bien le secret de la maturité cette noble incohérence. On se gardera bien d’écrire après votre lecture ou seulement sous la contrainte expresse d’une reconnaissance.

  • Il n’y a pas d’ailleurs (?)
    ...
    c’est une invention de la grande négation (?)
    celle qui veut nous soustraire à notre vie,
    à la vie (?)
    (parce que bien sur, il n’y a qu’une vie aussi !)

  • je n’ai pas de réponse, mais les interrogations
    sans cesse nous sommes traversés de pensées qui parfois se contredisent. il ne m’importe pas d’affirmer quoi que ce soit. il m’importe d’inscrire le ballottement de l’âme, et encore...

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.