Journal poétique / www.jouyanna.ch

promiscuité

mercredi 20 janvier 2016, par Anna Jouy

La vaste maison, comme on n’en fait plus. De ces maisons où il y a plus de places perdues que de véritables utilités. Une cage d’escaliers, grande, des chambres qui servent à la fois de lieu de repos, d’étude et de rêverie. Que peut être la promiscuité, l’entassement ? Il y a de l’air partout et c’est probablement le plus miraculeux de cet endroit. Mais cela ne dure pas. Je quitte cette maison pour la ville, progrès essentiel de l’époque et je vis désormais dans une petite pièce que je partage. C’est la vie pliée, en quatre, en huit, en vingt. Je suis dans les couches les plus profondes de la peau. Mon esprit, comme un herbier tient au sec ses essences ou ses secrets. Il faut ici respirer petit. Ne pas respirer serait mieux, que la cage qui retient son oiseau ne tremble plus, demeure immobile ou même invisible. Je suis mise en demeure de ne sniffer de la vie qu’un monorail studieux et convenable. Il est hors de question de déployer le moindre désir. Tout est de trop, car il n’y a pas de place.
Ne sais plus exactement quels sont alors les rêves. Ne m’autorise pas ce genre de pensées. Ça donne un sentiment de trahison face à la réalité qu’on veut m’inculquer et dont je dois prendre parti. Vivre entre les murs, entre les lignes, dans des fentes ou des corridors. Vivre en retenant sa respiration, en retenant sa pensée, sa parole, les épaules hautes pour souffler petit, pour faire le corps mince et discret. Désormais, les espaces de vie ne sont que des tuyaux de transition, de passage. Je le devine, sans pouvoir mettre un nom dessus. Longer l’existence, un canyon ou une sente hors de la lumière. Être en transit. Ne poser jamais son bagage. C’est debout qu’il faut dormir, debout qu’il faut manger, debout qu’il faut s’entre -tenir. Sur des pas de portes, des seuils, des embouchures. marcher et le seul contact que l’on a est celui de son ombre. C’est elle qui nous touche, elle qui caresse et prend, c’est elle qui enrobe, dans la fissure.

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Messages

  • ah l’espace ! en ai souvent rêvé, tant que je trouve que j’en ai presque maintenant (ce qui semblerait risible)
    mais quand on est contraint, non il ne faut pas se priver de son imagination, et il suffit de se concentrer sur un petit bout de mur pour y faire des voyages merveilleux

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