Journal poétique / www.jouyanna.ch

reprise

dimanche 14 février 2016, par Anna Jouy

Paresse. Cosse monstrueuse qui remonte les clés des rouages du jour, seul geste lourd de conséquences et laisser ensuite lentement les mécaniques horlogères poursuivre les heures sans moi. Le tic-tac les petits mouvements saccadés de l’automate qui dit oui qui dit non. La danse en toupie sur la musique de la boîte infernale. Le tutu bien tendu amidonné, la jambe pointue comme un crayon sur une feuille toujours blanche. Patineuse de l’esbroufe et des virevoltes, punaisée sur l’essieu du matin, du midi et du soir. Inertie du corps, ballot pesant de l’esprit et de l’âme, agitateur parkinsonien d’un désir petit, alourdi de ces corps gras ou pur sucre qui enrobe le ventre d’un bâillon pneumatique pour qu’il ne hurle plus sa peur, son abandon et la perte de son nombril sur la plage du monde. Inertie lestée des montgolfières, mise en sachets de sable à chaque molécule pour ne jamais quitter son linge bleu étendu face au vague à l’âme.
Apathie des sens, cryogénés sous plastique pour des banquises de bonheur blanc. Lisses comme des glaçages citron sur des tourtes de mariage. Sens abusés de leurres parfumés, d’artifices du toucher, de glutamates toxiques, du curare qui donne au mime ces fractions de secondes supplémentaires à chaque geste. Apathie privilège d’une sourde indifférence et rouleau compresseur sur l’asphalte de la route. Négligence de soi, des autres, du temps et du mouvement. Se les rouler. Se les laisser rouler.
Mon indolence à vivre, comme une chute de pression dans un élan de gymnaste. Et la liasse des devoirs, les petites factures personnelles, les recettes de cuisine, la dernière aventure de l’inspecteur machin, le bulletin médical, tout cela qui glisse au sol… Ces mots d’amour si laborieusement extorqués à la peur. Et désormais, face à l’effort, à l’espérance qui pousse toujours au cul et remet les bœufs sur le sillon. Paresseuse confondue devant cette émulsion d’eau et d’huile entre le rien et la disponibilité. Mélange qui chaque jour me remet le choix entre les doigts…Janus des décisions et des regards. Quelle voie autre que celle que la reprise ?

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