Journal poétique / www.jouyanna.ch

Le pas

samedi 5 mars 2016, par Anna Jouy

Le pas, ce qu’il martèle, ce qu’il rumine. De terre brûlée. L’impatience désherbe aux frottements de tes semelles. Du vent, tu parles ! Tu as tes cornes plantaires, tes voûtes sales, tes déplacements incarnés. Le sillon sur lequel tu tournes ne te ramène qu’à l’insupportable renouvellement. Les saisons vont bel et bien en enfer. Tu signes le bail. Le puits grave pour toi les 78 tours de l’ennui. Tu ne dépasses par le corral ; le sauvage travaille à la longe. Il répète sans cesse le tour de l’horloge. Et ce pli que tu prends de boiter à la boucle et qui lentement sûrement s’inscrit dans ta façon de rompre les virages, de zapper les angles vifs. Tu es le genre de tas qu’on a mis sur le tour. Qu’on fait tendre le cou femme girafe femme héron. Et tu as besoin désormais de l’ivresse qu’il y a dans le manège, cette force centrifuge qui te colle aux murs. Au moins là contre plaquée quelque chose te touche encore avant que ne retombent la boue, la glèbe, cette terre informe, joujou de ces ellipses.


File:Manège d’Andréa cheval.JPG -
commons.wikimedia.org

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Messages

  • Votre excellent compatriote H. Roorda ( celui qui disait avant l’heure que l’humoriste est l’adversaire naturel du fanatique ) avait un mot de circonstance (au milieu de beaucoup d’autres aussi riches que succulents) : " Ce cercle, là haut, me fait sentir la vanité de tous les voyages et de tous les progrès. Seuls les chevaux de bois sont capables de parcourir, chaque jour, sans dégout, leur cercle immuable. " C’est encore du même que l’on doit ce : " Si nous étions trop vertueux cela serait humiliant pour les autres. " Une bonne mine d’or à creuser chez ce libertaire.

  • merci de ce commentaire ma foi parfaitement approprié..roorda qui cumule mon goût pour les gens du Nord Hollande et "Flamandie" la pédagogie et ce petit coin de terre où je me répète sans fin

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