Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 527

vendredi 11 mars 2016, par Anna Jouy

Le jour se lève à peine. Dans le sas, alors que je ne suis personne encore, qu’à l’essayage des lambeaux, des bribes de mon être, suspendue à des questions, que je tente de prendre visage, et pire l’esprit. A peine. Cet instant éparpillé où j’erre dans les buanderies de mon vivre, décrochant des fils, les grimaces et les rires, les dépouilles encore mettables de quelque hier. Que je tente au râteau de peigner les cailloux sous mes cils. Ainsi se lève, alors qu’il importe de combler les vides, et que je porte contre moi, si précieux encore, l’espace éternellement troué de l’attente.
Parfois un œil s’y penche et dans cette boutonnière secrète l’envers du ciel tombe, tombe encore, plus ailleurs que jamais.
J’habille le piège, je camoufle d’ordinaires la fosse sidérale .
Parfois y entre un oiseau poète. Il plante ses ergots sur mes lèvres et dure pique, me frappe à douleur d’insectes et de fourmis. Puis s’élance dans l’autre univers. Jamais il ne revient ; il sait que ce sont des abimes mystérieux, lointains irrémédiables. Et alors un instant, agitée des voiles de leur désir, quelques ramures me poussent, une éruption de fugues et de liberté. Je songe, encore une levée d’orchestre dans le bois ; les âmes ligneuses tremblent sous l’archet. Je réfléchis, miroir musical, pour allumer sous moi les feux de plexus. Le vol sans peine me traverse et brouille mon esprit. Et puis, les mots comme des feuilles font des coins à l‘ellipse des jours.

< >

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.