Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 529

mardi 15 mars 2016, par Anna Jouy

J’allume la lampe. Mon intérieur est sombre. Des métrées de moire noire. Les surplis de mon sommeil étranglent mon pas. Bras tendus tous les murs sont bienvenus. Je marche dans le désert en peau de nuit. Allume la lampe précaire, les pupilles qui trient parmi les gouaches. Écarquille la serrure, la lumière qui frétille dans les lessives sans couleur. Il faut sortir.
J’étais enfant prisonnier dans la salle de l’immense. Je me suis enfuie à la première lueur de la porte. Le jardin était clos de cent échelles. Je choisis un lierre étrange pour y faire ma caverne. Sous les poutres des ancêtres, des feuilletés d’histoire pourrissaient dans d’humides valises, les mots éteints. Je songeais que le silence conjuguait leur temps. Et le mien sans ciel et sans dépli. Ma main écartait des toiles en soie de chagrin. J’en avais plein les anges. C’est là que je trouvai le livre.
Il avait l’air rongé de grises mémoires, fragile et scellé de tenir en lui mon secret. Je le pris, je le prie. Alors je lus ma fuite et ma vie toute entière. Ainsi donc je fus libre et vieille, mot à mot.

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