Journal poétique / www.jouyanna.ch

Baptiste Gaillard/ Bonsaïs

vendredi 25 mars 2016, par Anna Jouy

Voici une contribution au projet disséminations de la Webasso des auteurs http://www.webasso-auteurs.net/ qui prend forme chaque dernier vendredi du mois

Je vous invite à découvrir Baptiste Gaillard
http://baptistegaillard.com/

un artiste complet, écrivain et plasticien, résident à Lausanne au travers de cet article paru dans la revue Watts
Bonsaïs (extrait)

BRANCHES RECOURBÉES OU SUSPENDUES

(rêve d’un atelier dont le dépôt est en extérieur, avec de grandes allées délimitées par des rayonnages, dont la plupart sont encore vides mais dont certains regorgent de matières, ou de ce qui ressemble déjà à des œuvres. Les flaques au sol et les feuilles mortes, les actions par mouvements de l’extérieur, les dilatations et les mouillures. L’instabilité dort au cœur du conservé. Près de la forêt, partiellement couvert de branches, le dépôt est un atelier humide)

Les choses ont été entreposées en vrac, des amoncellements négligés. Comme si une frénésie du faire l’avait emporté sur toute autre considération. Porter, déplacer, arracher, choisir, enfin ranger. Des traces d’actions sont lisibles, d’un moment de regard à un autre, sous forme de variations en différents états du donné.

Les objets perdurent, leurs positions sont provisoires.

Le changement sourd à l’intérieur même du corpus des matières, l’affaissement progressif, pareil à celui du compost : des planches vermoulissantes dans des amas asphyxiants. L’apparition de filaments et de baves au cœur de la masse, des interstices inondés comme de sécrétions ou de pus.

DANS UN PETIT PLATEAU POUR DONNER L’IMPRESSION
D’UNE FORÊT AU BORD DE LA ROUTE

Le pain devient une pâte molle dans le four à micro-ondes, la rotation, le vrombissement, comme toute l’agitation épuisent. La buée, la vapeur : l’air est aussi un plein d’eau.

Croûteux frittant en d’autres circonstances ; les restes de beurre étirés dans les miettes. Des coquilles de farine brûlée.

(j’étais du côté de Naples pour le voyage, le sable presque noir, des fragments de roche volcanique – les vapeurs se dégageaient des cavités, de pressions trop élevées, dans un désert de pierres, méli-mélo des lézards)

L’odeur de café resserre papilles, le marc au fond, avec des cigarettes.

DEUX TRONCS D’UNE MÊME RACINE

Des traces de frottements contre le mur, des points d’impact. Le plâtre est un ensablement blanc.

Le cabossage, là où une poutre a heurté durant la manœuvre (nous avions dit de faire attention). Un creux reste imprimé dans la régularité.

(en marchant je ferme les yeux et laisse ma main glisser sur la paroi, mais ce que je sens n’est pas continu, c’est une succession serrée de reliefs, comme si entre chaque picot il était nécessaire qu’un retour à vide désamorce, et ceci même pour les textures les plus fines)

Variations infimes dans un semblant d’inerte ; des os près de caoutchoucs, l’eau se retirant de fibres enfumées.

Des cavitaires sortent de façades en béton. Des trous bien figés (comme c’est étrange d’imaginer que des trous peuvent être structurés, suffisamment pour qu’aucun affaissement ne les referme). Un quadrillage de barres affleure des parties arrachées, et le crépitement de ce qui fut bulle, autour, en surface, avec la marque imprimée des planches du coffrage.

Denses de pattes, directement vers d’autres.

Ce qu’il reste des chaises, ce qu’il reste des tables, des housses, ce qu’il reste de fauteuils, enfoncés dans la boue, enfoncés dans des herbes, des cailloux près de restes.

Les déclivités dans un mou ne se résorbent que lentement. La vase et les grumeaux.

Ce n’est pas un dépôt, mais un lieu pour les sens. L’odeur de cramé, éteint à l’eau.

lire la suite ici http://revuewatts.srwebworks.com/wa...

« Bonzaïs » (extraits) est le titre de la première séquence d’un livre inédit de Baptiste Gaillard, Asdumétrisme. Le texte Bonsaïs contient des insertions et/ou des insertions transformées extraites du livre de Nobukichi Koide, Saburo Kato, Fusazo Takeyama, Bonsais : Arbres miniatures japonnais, Fribourg : Office du Livre, 1985. Baptiste Gaillard vit et travaille en Suisse.

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