Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 558

jeudi 2 juin 2016, par Anna Jouy

Je suis C. je souffre d’un grave trouble de la personnalité : je suis une écrivain. Ce dérèglement de la perception des choses ou de soi est sans origine. Il n’y a pas de source que l’on puisse localiser, c’est un désordre désorganisé, qui suinte de mille points à la fois. Puis ça converge et ça prendre son cours. Petitement. Comme pour chacun qui ressent ce mal, l’espérance d’une explication apparait comme celle d’un sens. Où ça commence dirait vers quoi ça va. Et donc de ses origines indéfinissables vouloir savoir un peu de sa fin. L’écrivain commence toujours une phrase et puis n’a de cesse que de tenir un point final.
J’ai commencé ainsi des histoires, longues ou courtes, j’ai tenté la mare mystérieuse que sont les poèmes. J’ai obstinément suivi le fil de cette eau sans présence. Il n’y a qu’une chose dont je sois certaine c’est que même dans le silence, l’écrivain continue d’écrire. Le mal est soit encré soit léthargique mais le mal est. Je suis donc troublée.
Je me suis demandé si c’était un chromosome de trop ou alors de manque. Passée par différents états qui vont du déni, à l’évitement. Et puis comme tous je crois, j’ai fini par m’accommoder et trouvé qu’il y a un charme aussi à ce caractère. J’ai une personnalité qui fait partie des variétés du monde. C’est ce que je me dis. Je connais des gens qui portent ça fièrement. D’autres comme moi, le ressentent comme une pénibilité, un mal interne qui fait que la parole est un acouphène dur et fort. Et qu’il recouvre parfois la paix tout autour. Cela doit dépendre du terrain dans lequel l’eau de l’écriture commence à sourdre.
Je ne détiens pas la vérité. D’ailleurs qui la détient, terme de geôlier. Et c’est ce qui rend le détraquement si fragile à toutes recherches, si peu déterminé, si modulable. Il y a autant de mal que de paroles. J’ai de la peine à lire ce qui tente de lui mettre un cadre, ce qui cherche à poser des arêtes là-même où la nature de ce dont on souffre ne peut que contredire ces tentatives. Chacun est son propre territoire et sa propre tare, unique. On pourrait peut-être pour arranger ce besoin de classification qui est si humain, nous mettre dans une famille, sous-classe de vivants confus.


charles dickens

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Messages

  • et ma foi c’est une très belle variété

  • Une vérité dans le plaisir du jardin pour un jardinier. Pour le curieux de permaculture la diversité formerait un ensemble très fouillis mais généreux et tolérant (avec le temps de la mise en place) nourrisseur et surtout en plus d’être autosuffisant, s’équilibrant par lui-même. Il faudrait pouvoir éviter la monoculture et le désherbage systématique qui sont une dictature biologique et intellectuelle favorisée par l’industrie et l’Etat et la connerie naturelle de certaines plantes envahissantes mais pas inutiles pour autant qu’elles soient en concurrence participative saine et non faussée avec d’autres(sic). Pour dire une traduction avec les moyens ras des pâquerettes du râteau, de la pelle et bêche de l’élan vital cultivé (soucieux du divers) non contraint des herbes ou des arbres dans toutes leurs grandes diversités. L’humus est commun, la diversité est commune.

  • je me souviens d’avoir planté un acer, sous l’impulsion écrite d’un jardinier japonisant. actuellement l’arbrisseau a pris vie, rouge et autosuffisant. un message qui a rempli mon jardin de feuilles

  • @Anna Cette éternité sereine de l’arbre kito, nous qui ne faisons que passer souvent pressés et oublieux sous la vertu diffuse de son ombre, après l’avoir tenu un court instant illusoire au creux de nos mains. Nous ne possédons réellement que ce que nous pouvons offrir c’était une belle idée, un beau sentiment, l’arbre poursuivra son chemin de paix et de vie.

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