Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 604

jeudi 23 juin 2016, par Anna Jouy

Sous la lampe, éclate le temps, nuée de mots aux élytres d’acier.
Je mâche la limaille de mon rêve fini et mes dents crissent sous le menu de fers

Mon frère c’est de toi qu’il s’agit…

La peur désormais est au lever de mes nuits, la colère abat le songe comme un oiseau gibier. Je suis devenu mon propre ennemi, chaque jour, mon frère l’idéal, aux rires éclatants, se cache et fuit tandis que je m’active à ma tâche et que je ploie sous le manque de cris

Mon frère c’est de toi qu’il s’agit…

Je n’étais qu’un seul corps et âme. Maintenant une part de moi me quitte, chaque aube qui vient, j’enfile la veste qui me dédouble.

Mon frère c’est de toi qu’il s’agit …

Regarde mon corps travaille, mon corps sue et souffre
Regarde comme parfois il essaie le rire encore
Dedans l’âme détachée erre lamentable dépouillée de sa peau

Chacun comme moi laisse dans la penderie de la nuit, son frère son idéal. Il va, ne garde en poche qu’un poing muet et un nœud de courage à son mouchoir.

Divisé dedans divisé partout, et l’on ne s’inquiète pas de ce mal étrange qui décolle nos chairs et nos pensées, nos pas et nos buts, nos paroles et nos actes. Oui, quel mal décolle mon jour de mes nuits mon repos de mon ouvrage ?

Ces choses en moi que l’on a départies, qui pourra dire si elles pourront s’assembler à nouveau demain ?

Mon frère mon idéal, c’est de toi qu’il s’agit…

Le plus dur, je le sais, ce n’est pas de changer, ce n’est pas d’être plus asservis encore, d’avoir à faire plus pour rien de meilleur.
Le plus dur je le sais, c’est de vivre ainsi avec cette âme qui tremble comme une ombre vendue.

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Messages

  • Ils ont dit le propre en t’enfermant dans un tambour de nuit en marche, parfaite fabrique de la musique du sale cortège des noyés toujours en tête du troupeau des bulles, comme ils ont dit la lumière de l’aube au crépuscule en te crevant – avec une précision de calendrier neuf aux ailes ouvertes ce papillon ocellé de phosphènes – un oeil puis l’autre. Ils ont dit " On t’a ouvert les yeux " au couteau, il était infecté. L’amour ? en s’enfuyant en te montrant du doigt un dos qui se collait à ton bras aussitôt comme une ventouse que tu implorais puis détachais pour mesurer ce qu’il te restait de peau si cela existait bien au travers des estampes mais qui n’avait pas de face sinon celles que tu devais inventer et qui changeaient comme changeraient les têtes sévères des empereurs de Rome sur des statues inamovibles et délicieusement impudiques ; ils ont bien dit tous parfaitement dit du haut de leurs socles mais en faisant parfaitement mal, cet homme dur lui-même transpercé à coller son sternum dans le dos pour te faire sentir les prémisses d’une pointe d’espoir celle d’une communauté de destin reliée par la lance. ton frère ? Mille yeux, cinq cents jambes pour te décrire un éternel même paysage avec une seule saison de cul devenue à force du temps, celle de l’ennui. Ces jours ou le pain luisait comme du marbre et où tu devenais monstre de foire avaleur de dents qui taillaient le ventre comme des sabres. Et cette vie amniotique d’enfant marin noyé d’ivresse et d’amour à terre qui n’était pas un rêve mais arraché aux forceps de la conscription des instituteurs à blouse et mouchoir parfumés à l’eau de lavande : la guerre mon fils, cesse tes fariboles, il faut servir. Et nous servons, si peu ou contraints en tournant autour de la tombe de nos ailes qui nous appellent.

  • J,’ai en tête les derniers textes, l’image de la main à la peau déchirée, le corps éviscéré devenu parchemin, arrachement, dépouillement. Damnation ?

  • Passions, effets répondant aux causes et causes aux causes, effets aux effets, sont tous des engrenages intermédiaires. En toutes choses l’inhumanité est dans le silence du premier moteur dont personne n’a la clef. A moins que de dire : toi le premier mais cela est-il suffisant à être juste si le second outrepasse sans avoir vécu, les causes initiales qu’il ne peut jamais ni savoir ni connaitre véritablement à la place du sujet sans l’usurper (ou alors c’est un tyran) Et que dire du nombre à la suite sinon de crédibilité en justice de la totalité du tous contre un seul alors que l’un et avec l’autre seul face au premier moteur qui les affligent pire que tout.

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