Journal poétique / www.jouyanna.ch

mercenaire /2

mardi 19 juillet 2016, par Anna Jouy

Il me faut ralentir l’amour, décomposer le pas comme on décortique des

amandes et des noix. Avec une lenteur qui craque et brise. L’amour a une

écorce toute ravagée de sillons. On dirait l’approche d’un semis avec des

corneilles autour et lentement, je marche faisant voler mon sac de jeunes

ovules, des poignées rouges à balancer comme un nuage d’yeux à la face

du chemin. Je ne me prive d’aucun crime, j’ai derrière moi une traine

d’humains sans éclosion. L’amour trie ainsi ses saisons, à la force

venteuse dont les femmes délivrent leur encens. Je regrette d’avoir porté

plus de morts que de naissances, mon ventre roncier a perforé des perles

jusqu’au noir sans fin de ce qui ne vient au monde. Et cette corde rouge

qui me tient dans le fécond territoire, c’est un lacet irrespirable d’où

montent mes chants et ma douleur.

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