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flammes et chrysalides

samedi 20 août 2016, par Anna Jouy

Longue veille La nuit borde le jour des deux côtés, emmaillotement des gestes, serrés au plus proche du corps.
Cette tranquillité des heures de pluie. Être dedans, ne sortir que pour des bûches à mettre au feu. Retrouver ses bras de laine chaude et n’avoir qu’une activité simple : écouter le temps qui s’écoule sans rapides, sans cascade, que le ruissellement de soi. Je me tiens sage. Mon oiseau aux ailes lisses me tend la plume sans espaces.

S’accrocher des deux mains à la couverture, s’emballer de rêves et de mutisme. Atteindre une forme d’hibernation, ou d’encavement, comme on laisse mûrir des fruits dans la douceur du noir.
Devant le feu, ils se tenaient les ancêtres, laissant le champ libre à l’hiver. Ils prenaient patience, traversaient le temps sans laisser d’empreinte. Les hommes aimaient voir leur femme, imaginaient leur ventre. L’amour avait une odeur de foyard *et de soupe cuite longtemps. Je recouvre mes épaules d’un plaid. Je me sers contre moi-même et l’âtre est grand et large, il sent le vieux ciel ouvert.

Achever un cycle encore et hisser les paliers de la spirale.
Je dispose les bûches, sur un socle libérant les passage de l’air. L’avaloir est en bonne posture. Je crois que le vent qui domine aspirera le feu, une belle élévation de flammes, l’agitée chevelure de mon âtre et ce crépitement qui vérole maintenant le silence parfait.

Évoluer dans le sarcophage aux bandelettes ; les « soi-eries » ne pourraient porter une meilleure image. Cocon.
Je déplace mon divan, relève mes genoux. Je rassemble sous les laines, le frileux qui me tient à la gorge. M’apaiser. Je reste muette de gestes, apprivoisant la chaleur. Comme si le plus simple de mes mouvements allait faire fuir ces caresses douces. L’animal que je suis se soumet, allégeance confortable. Me laisse apprivoiser.

S’attendre au miracle, laisser faire les potions des pensées, de l’écoute, de quelques voix de passage, qui profèrent tout autour des formules prêtes à intervenir. On ne sait pas si un cuter découpera ces dermes devenus trop durs, ces silhouettes obsolètes, d’où il opérera, s’il gardera notre visage intact, -une illusion de perdurer- ou s’il scarifiera nos joues, notre langue, les lèvres.
Je me laisse envoûter. Le jeu du feu, ses élans, ses menaces. Sa quiétude ensuite longue et rouge. Sa manière de diffuser et d’instiller le bien-être. De me remodeler. Il meurt doucement et chacune de ses flammes me lèche, m’instillant son souffle. Sa mort contre ma vie. Transfert essentiel. J’entre en osmose d’incendie.
Je suis d’accord, couchée sur le billard d’une journée drapée de chaque côté d’obscurité et d’ignorance. J’essaie de garder dans le poing fermé, les traces de cet ancien corps, cette vie qu’on y avait inscrite, que déjà maintenant quelque chose m’étonne du demain qui arrive. Et m’offrir le luxe de perdre le savoir, autre, si différent, sans doute. Je m’endors.

Au premier froid, mettre ses ailes autour. Habiller son ventre d’élytres, des cellophanes du vol. Tenir pudiquement son abdomen dans un fourreau de transparences. Il est temps de présenter à l’air qui nous reste, l’humble format des marcheurs, d’accepter sa pesanteur, ses paralysies de désir et d’envol. En baver.
Et se ferment mes yeux, au-dessus de moi la cloche d’un ciel pourri de gouttes, son cornet à surprises. Souvent rien dedans, des peanuts, des joujoux vite las... Ou alors un sifflet à coulisse qui ne cessera de me happer vers de nouveaux oiseaux, un vol encore. Comme un feu réchauffant indûment la chambre des étoiles

* foyard : nom local pour le hêtre

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