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méditation

mercredi 9 novembre 2016, par Anna Jouy

Méditation
Transformation. Poser le corps sur la natte, le sol. Certains restent assis, d’autres se déplient.
Pousser de la plante du pied le mur du lointain, repousser. Chercher une longueur de plus, un pied six pouces de grandeur améliorée au corps tassé. Grandir comme une vis parait soudain s’étirer et que c’est illusion. Un chemin qui monte, façon Escher, pour redescendre par derrière. Pousser, tenter secrètement de déboiter les tibias de ses hanches. Tirer sur ces élastiques qui tiennent les membres de la poupée de plastique.
Faire ensuite montagne du ventre, faire croître son Fudji jusqu’au plafond. Attendre qu’il neige dessus des sucres-glaces imaginaires. Lâcher les pierriers, comme les chiens, laisser couler le nuage et les cendres. Ecouter le bruit du vent que l’on possède. L’effacer à mesure. Aplanir à nouveau le nombril. Le creuser même, tasser vivement la graine du soupir.
Sentir le dur, les pointes de nos vieilles ailes ossifiées. On en avait deux, rongées depuis longtemps, omoplates érodées, le vent sans doute, à force de battre pour se maintenir en l’air. Mais de lassitude s’étendre et faire l’oiseau mort.
Fermer les yeux. Fermer les paupières, bulles de chair rondes. Les goussets à cordon de cils, bien lacés. Mettre sous cloche l’assiette des secrets, les images ; le menu du rêve est dessous. Tout chaud et empli de couleurs. Fermer les fenêtres et rejoindre ses chambres noires. Là où développer l’apparition hasardeuse ou l’innocence
Les mains par contre ouvrir, palmes de la Mer de Tranquillité, et une brasse papillon à ras terre.
Les mains, lignes de vie voilées, appliquées sur le tissu pour une impression de paresse, molles, désactivées pour un temps. Tous les virus pourront entrer, ou tous les anges. Les laisser agripper le rien, ni l’espace, ni l’air. Se mettre au moignon. Décroiser l’input. Off.

Rouler épaules, mécanique du cintre. Remonter la crémaillère de vertèbres. Ça craque. Sentir ployer sa verge, vive et souple. Attendre le retour. Faire semblant d’enlacer quelqu’un, le serrer contre soi puis se déprendre. Tout laisser tomber. Ça n’en vaut plus la peine. Atteindre la fraction de seconde délicieuse d’un étirement magistral aux quatre coins de la chambre. Avant l’éclatement.
Transformation.
Et quand tout au sol est bien planté, sortir de ce corps, si réel soudain, le laisser choir, l’évider de soi, de sa présence. L’abandonner, échappée discrète, comme une mère quitte son enfant quand il se détourne un instant d’elle et qu’elle espère qu’il oubliera son absence, qu’il sera assez distrait, pour ne pas s’en apercevoir.
Séparer les eaux de la Mer rouge, séparer les blancs des jaunes, séparer les combattants.
Tout oublier. Perdre pieds ventre mains… On a démembré le corps, on peut le tromper avec un peu de ciel. Rompre le contrat et détacher sa main du ballon qui veut voler. On quitte la natte pour un tapis volant.
En bas, la forme de sa vie respire doucement. On croit qu’on est ailleurs. Et pourtant, jamais le costume de chair n’a paru plus limpide, plus serein, plus habité…
Est-ce qu’on est sorti dans le grand monde ou le grand monde est-il rentré en nous ?


reprise

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