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Je vis s’étendre au-dessus de moi un lac percé...

samedi 19 novembre 2016, par Anna Jouy

Je vis s’étendre au-dessus de moi un lac percé d’îles vagabondes. Un lac qui avait des regards comme il en vient parfois sur le bord des routes, des trottoirs, des trouées dans lesquelles s’effondraient de mystérieux poissons, laissant écumes et chemins sur la peau du liquide. Et le lac me contemplait avec un intérêt sauvage. Je voyais que j’étais sa joie et son souci, que j’étais le point vers lequel il tombait de toutes parts. Et j’avais beau fuir et me cacher, le lac cherchait à me noyer. Il voulait que j’entre dans ses flots, que je m’étende comme un autre liquide dans le fluide immense. Il allait changer ma couleur, trouver ma nuance de lumière et mon reflet. Il voulait tuer mon ombre car en lui, je n’en aurais plus ni besoin ni envie. Je ne pouvais plus l’éviter derrière mes paupières, il avait à lui seul, l’unique voile sous laquelle naviguer. Je sortis alors, après avoir couru dans tous les sens, comme un insecte au piège et je voulus sauter, plonger, en finir. Mais le lac dormait dans les antipodes du saut et du plongeon. Il nécessitait.
Je cherchai l’escalier ou l’échelle et même un escabeau. Et plus je grimpais, plus l’eau m’échappait, se retirant sous un monocle hautain. J’aurais pu monter l’Everest, le lac n’y était pas. Ce bleu, cet azur qui me narguait. Il me léchait parfois de pluies et de gouttes, tentations de bonbons, de joujoux et puis remontait vers le beau, le temps bleu de ses flaques. C’était pesant, comme l’inutile, comme la vanité. Je ne dormais plus, je vaquais, je ramais, j’étais sous l’eau… Le lac alors me toucha les épaules caressa mes cheveux. Il descendit à hauteur de visage et je devins limpide, large comme une banquise à la dérive de ses nuages.


lalonde

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