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oubliettes et ambulances 3

réfraction limpide des mirages

mardi 14 février 2017, par Anna Jouy

Réfraction limpide des mirages.

Il faut un tamis. Un grillage de pluie ou d’eaux sales. Le caniveau rigole. Il emporte avec lui le tri de la terre. La boue, le sol, l’érosion du temps qu’il fait. La fange remonte. Et le tamis sélectionne par de nouveaux passages encore et encore. Du plus gros à ce point de finesse où l’on cultive le dernier grain de folie.
Il faut un tamis à secouer par brassées. Y mettre de la vie par pelletées, des tas-mis. La vie grossière dès le départ. La vie pêle-mêle. La vie en vrac. On jette dedans, on malmène, on agite, on fait œuvre de choix.
Faux. Est-ce ce qui doit rester ou ce qui tombe qui importe ? Est-ce l’épais ou l’émincé ? Est-ce l’ultra maigreur de la vie qui est capitale ou alors ces morceaux, disparates ? Le souvenir, les actes, la « faisance » du temps ?
Il faut un tamis. Et par un geste simple de balance et de danse, procéder à l’extraction du central. L’amour a dû passer au travers.
Un grillage de pluie. On lave beaucoup dans les mines. On lave, c’est-à-dire on éclaire la pierre avec de l’eau.

Comme tant, tu ajustes à ton crâne une passoire en guise de chapeau. Le vent est irrespirable, mais mettre les trous à l’air t’est indispensable. Tu sors ainsi avec ces petites perforations et ces matières grises dissipées. C’est un ustensile profond qui crache des mots, des échelles de Beaufort toutes tremblantes dans l’espace. Il pleut du vide et des salades, bien essorées, panées de nuages ou de simoun. Ça fera un biscuit pour prendre le café. Moins tu as d’idées, même noires mêmes blanches, et plus se faufilent dans tes commissures des étincelles absurdes, comme un briquet farouche. Réfraction limpide des mirages.

Les mots te renvoient, te retirent, te remettent, te démettent.
Tu tentes atteindre, tu ramènes le vide. Personne dedans, des mots, des carcasses d’âmes, du cartilage. Tu jettes à nouveau le filet. Tu ouvres la gueule, tu cries peut-être, tous les leurres sont permis. La proie est invisible. Mais là quelque part ? On a dit que le coin était graveleux, qu’il rendait parfois des humains, hors du magma, pépites. Alors.

Ça finira mal. C’est l’instant de déboucher l’obscur. Il y a la bonde et puis les flots. Sans arrêt de moussons. Et non, bien sûr. Tu n’y parviens pas. Tu reviens, le corps douché comme on passe au jet les hystériques ou le diable. Tu avais peut-être un univers, une société, un cercle. Maintenant juste un pied sur le fil. Tu rames un moment dessus et puis tu te retires. Il est temps. Alors.
Sur le reste de terre, le sol râpé de ces orages, tu comptes les pierres, cadeaux de topaze ou de jade, un peu de ciel revenu du camp de tes enfances. Mais est-ce encore toi qui parles ou alors le Temps ? T’a-t-il entièrement usé et n’es-tu plus que cette mycose parasite, les tantinets à deux mains du génie du sablier ?
Tu égrènes des rituels de sauvegarde, tu pries de sexe, de mots et de vent.

Ce ne sont pas des jours convenables. Le désir reste en prison. Il a son espace gainé, une antichambre. Dans le tamis, il y a des trous autant que des croisements de fers. Le mur fait des élongations de corridors. Tu suis le parcours gymnaste. Peut-être te faut-il tenir le fil de la clôture, toujours vérifier quoi ? Faire le contour de la membrane. Le brouillard a mis une housse sur la cage. Une housse de futaine mal décatie. Tu t’appropries l’irrespirable.
Mais un trou dans le mur. C’est grand comme une main petite. C’est par là la sortie, une image, dans laquelle tu exerces ton évasion. Tu songeais écrire et écrire te songe .

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