Journal poétique / www.jouyanna.ch

oubliettes et ambulances 5

Poignées et confettis

vendredi 17 février 2017, par Anna Jouy

Dans le trou, à la paume.
« Paumer ». Palper l’humus, son gras, ses zones molles.
Tâter le ramassis des glaises. Réfléchir par le toucher à la cage de terre. Réfléchir au miroir de tes chiromancies, au sens épidermique de l’endroit, cette température froide de l’en dessous.
Te contenter de la note terreuse de la caresse, la caresse par l’évidement. Notions diverses dans l’arrondi de ton corps.
Ainsi ces zones mutilantes, la scarification de la présence.
Ainsi ces zones vierges, lissages à la boue.
Ces autres érogènes où les doigts de l’arbre grattent le désir.
Passer de même dans le tournis d’odeurs, la proximité nasale de ton territoire. Tout dépend de la vitesse de la pluie qui inonde, du temps de séchage des brumes, des gadoues, de la lenteur austère de l’assèchement.
Dans le trou, les yeux ne servent à pas grand-chose. Ils ne font que décrypter la nuit à la lampe de peau.

Alors ta main tente de traduire le silence obscur. De le dresser. Echelle de Jacob. Tu essaies par bribes de te détacher du lieu, de remonter le courant, le fil des espaliers. De t’éloigner, au plus lointain. Ce toit est un autre. Tu ne maîtrises pas les distances. Myopie et presbytie, les deux hémisphères à la fois. Le cerveau troublé réclame la mise au point.
Tu tentes de concentrer tous les faisceaux, de mixer quelques sensations. Dans la tête, tant de collisions d’images se précipitent et se frottent. Et seulement parfois une étincelle et plus rarement encore le feu. Tu frappes à la molette, ton point sur le côté. C’est le silex de quelques lampes électriques par temps instable. Combien seront-ils à ouvrir aujourd’hui l’œil par les pierres ?
N’y voir rien, mais ça vient, un message passe sous les seuils et fout du lierre partout. Comme des écrits alluvionnaires que l’on se passe de berge en berge ?
Inventer des scaphandres et des fusées. T’en sortir. Être, heureux, vif, beau. Tu rassembles ce tout, injonctions sans bras. Tu montes ton château d’allumettes avec les dents. Et patatras.
Ingestion des petits os du jour, poudre, pour garder le squelette en état. Prescriptions minérales. Pas sûr d’avoir été vif un temps et tu crains de finir tas et tibias au coin d’une aube ? N’es-tu pas déjà pierre et dur ?

Les dieux ont été lyophilisés, il y a quelque temps déjà. Si quelqu’un avait la lumière, la garderait-il dans le bocal des confettis d’aurore ? Non, alors, tu gouvernes ton pécule de rêveries. Tu recenses tes rhumes de lingeries, dévores ces craquelures abordées à l’aveugle. Il y a toujours un lambeau blanc, un accroc de soleil dans le soliloque du caveau. Un truc pâle, tranquille, touffu de silence.
Pourtant, tu tiens à ne pas couper le fil. Pas de ruptures avec les derniers dieux. Tu as bougé encore avec le frémissement d’un chat malade. Ouvert le rideau. Scène de vie ordinaire avec cette crainte, flamme en creux d’air, d’avoir le cœur dans un puits de cire.

Tes pensées valent bien quelques aspérités. Tu pustules à vif. La peau fait un tam-tam qui éclabousse tes os. Il faut ranger les fantômes dans leurs voyages, aller dans les archives d’ardoise. Chercher à mains bandées, les mots de la survie, aller à la raquette extraire de l’air au puits et ponter des cœurs de sansonnets dans les dolmens du matin.
Aller où ça aide, où la solitude a une rambarde pour se hisser dans le quotidien. Ne pas prendre la grande échelle, ce sera trop. Te convaincre de l’utilité des incantations, de la magie qui remonte les jours. -chaque jour, celui-ci aussi-. Refaire les nœuds des cordes, défaire l’écheveau des serpents à charmer. Aller où ça aide, choix des facilités, -parfois oui il n’y a qu’elles que l’on puisse entreprendre-. Ce jour est un pesant silence -d’autres ont des bulles de la même matière-. Récupérer les osselets de la mosaïque- on les jettera encore, une autre fois.
Démonter l’image, sans échafaudage et reclasser les pierres dans la casse, -écrire sans réfléchir, avantage de situation- Organiser par couleur le chantier, vingt lignes de bleu sur le cahier matinal - vas-y toujours si tu crois que c’est facile ! - Vingt hauteurs de zéros pleins dans les carreaux.
Juste planter ton index sur le coussin encreur et tamponner léger. Tu verras qu’il faut jouer Nuages pour de belles digitales-. Écouter ensuite les histoires, les fièvres temporaires. Mettre le cornet si nécessaire. Entendre fait œuvre aussi. La pensée racle la tête. Les mots sur l’épiderme, bien cousus. La douleur est en pleine représentation. Grand théâtre en direct. Ne rien faire qu’entendre. Le discours, le texte, le poème tout cela se tient comme des racines et des ramifications, partout, le long de la vie. Le cerveau réceptionne le débit et agencer les perles et les cris.
Il y a pourtant ces jours où tu colles à ta peau. Écrire ne fait que renforcer les adhérences. Impossible de regarder faire mais tout prendre en pleine poire. Du lever jusqu’au soir, n’avoir aucun recul, mais le nez dedans et la respiration courte. Comme s’étouffer dans sa gerbe.
Demain tu verras bien. En attendant tu déverses. Et puis reprendre les classements de genre, par catégories d’amour, parce que, justement, ça aide.

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