Journal poétique / www.jouyanna.ch

avril

mardi 25 avril 2017, par Anna Jouy

26.03.17

nous vivions, désormais nous testons la sciure, un goût de boiseries, de termites reines craquant sous la gencive​

— je configure mon corps dans les boucles d’un boyau, je rampe je vermifuge
— nous vivions au grand air, du linge à la fenêtre. fallait faire savoir le prix de nos dessous, la dentelle, l’évasement des cuisses.

— je disais indécente, certaine de l’esprit qu’ont les corps. de leur vocabulaire, de leur saveur. certaine qu’on écrit au fil de chair au jus d’entrailles à l’humeur. et que de ma viande mienne aucune autre voix
nous vivions en vitrine, des dames en poitrine, des chattes à étiquette
nous fumions des cigares comme on rince son gosier d’un nuage de feu
— je pensais que ce serait ainsi une pente véloce où m’envoyer en l’air. je tends les bras je tire à la rotule je vole comme les pierres.

27.3.17

Tout commence dans le futur
Jusqu’au fatal maintenant
Tout est gravé de circonstances
Je ne vis qu’au jour né là-bas
Loin est mon pays
Je suis dans le dessin du grand tapis des hommes
Le sculpteur de main
En marbre et en buissons
Maintenant vient d’ailleurs
Il y eut un jour d’épingle
Où planter le fil du projet
Depuis je suis docile le temps imparti et quel que soient mon cabrement mon erreur
Je serai où je dois
Ininterrompue laine d’un pissenlit qui vole
28.3.17

Ce matin, délicat pays
Toute la mer que j’ai, la seule
Est remplie de méduses
Qui s’époumonent indolentes dans l’azur
Battant des cils de divas jusqu’à leurs seins de lait
On se demande où est la plage
On cherche sa dune
Un horizon bikini
Où planter son homme sablier
Qu’on ouvrira
Tantôt pluie tantôt soleil
Son amour grand tendu

29.3.17
Ce matin je tends les bras enlacer les ombres qui parlent
Elles s’échappent des torches qui me brûlent
Et les sons comme des étincelles dispersent pour moi le poème
Je cours toucher le dos des joueurs de l’obscur
Les reconnaître au bruit, au craquement de leurs os
À la marée qui file leurs cheveux
Et cueillir la poussière d’une épaule
Le soupir
Qui s’en va son voyage
Un mot peut-être

30.3.17

Sous la cloche d’ombre
Le battant d’ivoire de l’homme se lève
L’herbe noire ensemence mon ventre
Un pré va éclore
Anémones vives d’une vague venues
Le corps chaque meute de lumières
Sonne sa chorale d’anges
Alors à l’orée de la bouche
Monte l’ivresse transparente
La vie encore

​personne, découpe dans le fluide il se referme aussitôt et le geste venu, un doigt un couteau, a tranché ce qui se referme, le sang dedans. invisible illisible.
j’ouvre ainsi des portes humaines, je les traverse. je m’enfile.
j’ouvre l’i-résistance, ces gens ne s’opposent à rien, ils m’ignorent les éventrant, les dépeçant sagement d’un œil-cisaille, des dents, de la griffe.
je passe ainsi par tous les ponts de la foule​, j’enfonce des tunnels. je m’attends au marbre, au granit mais le monde est d’étoupe d’étouffement de voiles : le corps ne touche rien et rien ne l’arrête jamais
et j’avance démaillant mon âme jusqu’au dernier cheveu, une parole que la mort tire vers elle, boucle après boucle. mot après mot.

3.04.17
Nous sommes les petits poètes
sans intelligence
des marteleurs d’énigme
notre savoir est enfoui
il n’ira pas plus loin
que la pâleur d’écuelle
des arbres qui s’égouttent
nos mots au plus simple de la lame
aiguisent les dents des chiens
ils aboient
et le chemin tire ses charges d’horizon
nous sommes les coursiers du cerisier
des fleurs nous viennent
comme des becs d’oiseaux
nous attendons
le vent passe et la poste restante
petits poètes la poésie
nous traverse aux roseaux de la main
ça chante, un instant
et le langage des signes
puis s’effile
au carmin du baiser
4.04.17
la nuit avait deux ravins
comme des douleurs à franchir
avant les plaines blanches
des combes où dansent les orties
je bruissais dans les dentelles des herbes
je bruissais rouge et bleue encore
et les morsures sur moi des flammes de rivière
alors s’ouvrait le talc du silence
j’étais tamisée de douceur
une robe de farine et de parfum
la nuit était passée
j’abordais l’aube
noire bien sûr
avec un corps brisé de souvenirs
mon pas tatoué
boitant son chemin
5.04 17
Je passe l’écumoire sur les éclats du soleil :
dans un bol l’inconnu habitable
A ma fenêtre la nuit
égrappe ses derniers muscaris
un vin de rêves qu’on aère
Ensuite quelqu’un approchera sa coupe
je séparerai les bulles de l’éphémère
il dira le boisé de mes cuisses
le terroir des glèbes du campanile
et moi je tendrai l’oreille
là où perlent les ivresses
à la moelle des tiges
6.04.17
j’use ma colère à la râpe
des mots en tombent
sciure d’os et de douleur
au pied d’un arbre
parmi sa jupe de feuilles descendue
je garde les bras levés
un oiseau entre mes cris
il met en morse le typhon de ma sève
il frappe le poème d’épines et boutons
le ciel en est piqué
mais viennent les éponges
et le laveur de carreaux
et je guéris
la vie me rend à nouveau visite

7.04.17

loin toujours
est l’espace de celui qui aime
loin
comme le long ruban qui me sépare du bouquet
loin
comme la porte cochère du baiser
des femmes se partagent la mer
d’heure en heure
des hommes grimpent à la taille des terres
loin est une île
un grain
comme un siphon d’amour
où tombent le ciel et le feu
je ne trouve plus la dernière goutte du monde
l’infini à tâtons
puisque d’amour j’ai soif

8.04.17

je lis le grand livre des couleurs
- ou est-ce elles qui me lisent ?
car je sens comme en moi
ça tourne les pages
et le vent avec, d’une feuille qui bouge
il y a mon visage bleu à la lèvre sanguine
le lilas de ma gorge
le ventre plaine et pissenlits
et l’oeil du zénith
où le peintre glisse son pouce
je lis couchée dans la semence kodachrome
elles me poussent
jeunes d’une aube nouvelle
je lis
mais la poésie n’arrive
qu’au venin des négatifs du soleil
quand le livre tombe de sommeil

11.04.17

Chaque matin, une autre idée se lève. Maintenant c’est fini : je pense.
Les moucherons du poème n’ont plus d’ivresse.
la flotte est dans la bouteille, la mer par-dessus.

Quelques gouttes d’angoisse dans le bonheur
Café crème please
Je ne veux pas de joie pure, le cœur n’y tient pas
Et le plexus percé comme une aiguille recoud l’obscur néant de fil blanc.
J’ai menti d’un seul cri
La peur de la fin des choses
Et ce fuseau d’un mot qui monte encore garde en l’air l’amour voleur

*
Par bonheur je suis fatiguée alors le ciel
Immense se met sous ma tête pour que je contemple la mort
Je respire comme le moineau qui frappe sous les draps
Une ligne d’avion le transit des anges
Bien sûr je ferme les yeux il fait bon sentir les épaules lestées d’une corbeille de pierres, le marbre de sa lassitude garni de bouquets
Dormir son éternité de paresseuse sous la dalle épuisée
Je retiens mon souffle j’ai peur d’effrayer le silence
Cette passe légère dans le trou de côté
Là où tu t’ennuies et compte le nuage

*
J’essaye de ne manger du ciel que la peau
Celle dont il recouvre l’obscur
Ce mot qui s’enflamme parfois d’un noir intense
Ite nero fugit
Que je veux épouser puisque tout est possible
Soudain ou lentement
On a franchi la plaine des sagaies
Météores dépensés
On aborde une nuit ennui
Le silence se traverse comme un vaisseau
Une nef qui divague
Dieu n’a qu’un œil et du rouge à lèvres
Présence éternelle pendue au cœur
Alors on lui demande le vent ou le souffle
Qui éteindra le mystère

La nuit pose ses mains sur mes yeux par derrière
Qui est-ce ? Demande -t-elle
La nuit pose ses mains sur mes yeux par derrière.Qui est-ce ? Demande -t-elle
Et je réponds mon père car il fuit dans l’invisible.Sésame.
Ensuite il revient drapeau de deuils secouer son rêve dans ma chambre.Et je connais les larmes des lessives du songe.
Seulement
Secrètement
Puisque personne ne regarde la même nuit que moi.

Il me dit comprends mes pleurs. Tu es le sel et l’eau. Ma fille morte que seul le vent baise. Le désert de ma mort t’appelle.
12.04.17
je trompe le vide
je l’appelle l’attente
la fenêtre porte son masque de pays
chinoiseries levées
si je voulais te voir, il me faudrait d’abord tirer le rideau de la Terre
toute
tu es derrière
là où les choses qu’on désire
deviennent mélancolie
à force
le rien laisse une sueur de poème
comme le doigt sur la vitre
j’ai dormi comme un ange étourdi
sa paire d’ailes froissées
à la patère de pleine lune
j’ai dormi suspendue
aux lèvres vides
et le rêve comme un mirage
a épongé ma soif
il n’y a parfois dans le ciel
qu’un seul nuage
mais on comprend l’orage

13.4.17
​la vie martèle il y a partout des tambours le sang les mains le pas
un défilé de coupe-gorges
les mots tranchés tombent bondissent. ils bandent-son
partout des tambours le sang le pas
et mes mains plongent dans le poème comme Pilate
salies sous l’eau
elles regardent le ciel
ce sont des pierres de rivière
​ j’espère du temps pêcher le verbe
me lier à ses écailles
au mât d’un seul chant
mais la vie martèle
et ce bruit noie le poisson

21.04 17
C’est à l’heure la plus profonde que vient le soleil de ma douleur
Là où rien n’essaie ni le mot ni l’ombre
Dans l’attente
près du rêve paisible où tu arrives
Buveur d’îles un palmier
Brassant le vent
Une douleur cassante hochant le chemin
Maintenant de marche en marche
Elle monte l’escalier de la terre
Une glaise endormie
Des labours à semence
Je boîte la danse du matin
Quand grimpe le liseron de souffrance
Comme l’aube change la nuit en pluie

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