Journal poétique / www.jouyanna.ch

Il y eut d’abord quelques alertes. Je me suis...

lundi 30 octobre 2017, par Anna Jouy

Il y eut d’abord quelques alertes. Je me suis mis à répéter sans raison un son. Ce ne fut d’abord rien, une fatigue, un accroc dans la réalité. J’ai eu le sentiment d’un rot qui restait coincé dans ma gorge, d’une gêne mais qui m’avait lesté une fraction de temps. Et cette pesanteur soudaine, cette lourdeur me collait à terre. Et ça revint, plus ou moins souvent, comme ça, à l’improviste. J’étais léger, inconséquent et puis ces petites incartades qui rapides et fugaces m’écroulaient au fond de moi-même et me plombaient.
Tous ces mots laissés sur le papier maintenant montrent bien à quel stade de déliquescence je suis parvenu. Je regarde les gens autour de moi. Je leur tends mes pages. Ils rient, ils s’en vont, souriants et amusés en me caressant les cheveux. Puis ils m’apportent un fruit ou de l’eau. Pendant un instant je crois qu’ils ont saisi ma douleur mais ils n’en savent rien et ne sauront jamais. Je suis un pensif au stade extrême.
Quand j’étais en pleine forme, je ne me serais pas imaginé un tel état malade. Le monde et moi aussi, nous faisions tant de choses qui s’effaçaient aussitôt. Un monde présent, instantané, pétillant, que rien n’arrêtait et n’alourdissait. L’esprit libre, volatil, jamais prisonnier. Il ne subissait aucune de ces chimies laissant dans le crâne des résidus pesants. Il volait, simple, direct et toujours délivré. Je n’en suis plus là.
Ces sons que je répétais, je ne m’y attendais pas. Ils tombaient dans une conversation, souvent à des moments incongrus et ça me stoppait. Je butais contre une vitre transparente m’empêchant d’avancer. Et puis le verre fondait, se dissipait et tout redevenait naturel. Je vivais ces moments comme des surprises au début. Une stupeur éclair mais je n’en gardais pas de traces. Pourtant d’une manière insidieuse ça se produisait, je n’y repensais plus. Presque.

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