Journal poétique / www.jouyanna.ch

hum...

dimanche 15 février 2015, par Anna Jouy

le numérique offre à l’écrit l’espace de se développer. ce dernier peut prendre le large, se mettre en évidence, se trouver des lecteurs. le monde semble être à sa portée. mais, alors que des choses très fortes naissent dans ce lieu, il faut se rendre attentifs aussi au fait que ces écrits reculent, s’effondrent et disparaissent dans le développement au jour le jour des blogs où ils sont nés.
et même si les écrits restent à disposition du lecteur, excessivement rares seront ceux qui liront d’anciens textes de votre blog. ces mots sont des bulles sur le cloaque.

la littérature numérique oui mais ne s’agit-il pas d’un leurre ?

alors que des centaines d’écrits arrivent chez des éditeurs qui trieront dans cet énorme corpus texte pour en sortir les potentiels futurs objets commerciaux, en même temps, et ce faisant, ces mêmes éditeurs réduisent aussi drastiquement l’accès et l’espace pour la publication de ce que j’oserais dire la littérature...

la littérature papier oui mais qui s’en soucie toujours ?

ainsi le constat est assez affolant... ni le monde du papier ni celui du numérique ne sont à même de faire émerger et de permettre à une littérature expression critique et lucide de notre monde actuel de se faire connaître. (il y a des exceptions oui je sais, mais il est évident que les sorties littéraires n’amènent guère sur l’étal des ouvrages nécessaires) on vend du texte au plus grand lectorat possible.
mais peut-être faudra-t-il en arriver à admettre que l’ère capitaliste, le monde qu’elle a créé et généré, ne peut produire qu’une littérature à son image. et quand je songe à la mise à l’écart de la merveille surréaliste en littérature pour en faire une illumination globalement sans autre intérêt qu’un mouvement presque anecdotique, je me dis que nous avons loupé le coche d’une exploration de la langue génératrice d’univers vraiment neufs. je crains qu’on ne se souvienne de notre époque que comme celle de l’abrutissement global.


Dalí, Magritte, Miró - Surrealismus in Paris | Press Images - Fondation Beyeler
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Messages

  • R.Barthes fait une proposition intéressante à ce sujet dans son livre "Roland Barthes par Roland Barthes dans la rubrique "Décomposer/détruire" avec la métaphore du morceau de sucre plongé dans l’eau.(page 76) Et aussi dans la rubrique "Reproche de Brecht à R.B." (page 63)- collection du Seuil- Points- 2010.
    Cela explique peut-être pourquoi les surréalistes ont été gentiment relégués à l’ anecdote, comme l’invité qui ne sait pas se tenir...(à la table de la bien- pensance).

  • ...un mouvement qui a imprimé pourtant un usage quasi banal du "surréel" , un frottement permanent à l’extra-ordinaire dans notre société ( publicité-cinéma-art pictural et sculptural) , qui s’est totalement inscrit dans la pensée naturelle de nos contemporains et que la littérature tient à distance, on ne sait pourquoi ni dans quel but.

  • Peut-être pour éviter que le citoyen ne devienne fou et ne demande l’impossible !
    Et si Syriza nous redonnait un peu de surréalité... par un langage extra-ordinaire ?

  • mais si c’était cette mise à l’écart qui lui donnait sa rareté, de quoi aurait l’air un espace littéraire saturé de surréalisme, où ce mouvement serait avalisé, labellisé, célébré, et deviendrait la "normalité"...
    (finalement c’est peut-être une bonne chose que ce soit le "roman" qui capte tout et soit devenu à notre époque la forme "simple" ou quasi obligatoire de ce qui est visible partout, une forme un peu fourre-tout)
    (en fait, est-ce qu’il n’y aurait pas une sorte de schizophrénie à désirer ou aimer d’un côté une littérature dérangeante, qui fasse secousse, et de l’autre qu’elle s’essaime le plus possible, avec le risque pour elle de finir avalée sans plus rien déranger du tout)
    (et puis, est-ce que la littérature arrive chez les éditeurs) (est-ce qu’elle arrive quelque part en fait) (et puis, qui est-elle en vérité) ( est-ce que ce n’est pas quelque chose d’intime, qui ne peut se réduire ni à une école, ni à un courant, ni à une époque ou une forme) (en fait je pose toutes ces questions sans rien savoir :-)))

  • l’écriture peut changer et change la perception du monde. la lecture enseigne sur soi et sur les autres

    l’écriture n’a pas pour but d’être intime. du moins je ne le crois pas. surtout pas si on la veut dérangeante secouante : il faut qu’elle atteigne son but. c’est le processus qui est intime et non le but

    entre faire du surréalisme partout et à tout crin et en faire une anecdote, il y a quelque chose (ici le surréalisme est un exemple )

    et moi aussi je dis sans savoir ;-)

  • Le monocle que porte André Breton sur cette photo apporte peut-être la réponse : voir - même d’un seul œil - où personne ne regarde et regarder là où personne ne voit.

  • Un visionnaire quoi ! Mais sur wiki il tient bien ferme les 2 verres et en ce moment on en a bien besoin, ne serait - ce que pour se mettre au grec...

  • Et pour les oreilles : il est trop tard pour les boules Quies ; il fallait écouter des deux oreilles quand les banlieues criaient leur détresse ... dans l’indifférence générale. Elles ont bon dos nos Lumières avec nos guerres en Afrique, nos ventes d’armes à l’Égypte, nos lois Macron...
    Elles sont aussi risibles que des caricatures de Mahomet. Si c’est tout ce que l’on a à leur opposer... avec notre autisme buté et nos cris avec la meute !?

  • entièrement d’accord ! nous n’avons rien de si "grandiose ou de si méritant " à opposer à ce qui se passe. car cette liberté d’expression est une risible lampe à mettre à notre front quand nos mains s’occupent à corrompre et s’accaparer tout

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