Journal poétique / www.jouyanna.ch

l’armoire

jeudi 31 mars 2016, par Anna Jouy

L’armoire est une pièce, une pièce entière. Un château, une dune, une cour des miracles, enfin, un de ces refuges privilégiés où la vie prend toujours d’autres visages. L’endroit magicien, le chapeau des transformations. On entre là-dedans et presque aussitôt on y devient quelqu’un, on devient un savant. Il faut à tout prix s‘y rendre le plus souvent possible. Choisir la pénombre et entretenir là une longue flamme entre la vie et le rêve. Moitié morte moitié vive. En tout cas, nouvelle chaque fois. Se dévêtir de soi, se dépouiller des espaces, des actions ordinaires. Se ranger dans l’armoire et prétendre alors à beaucoup plus de choses encore. Les mots prennent la barre. Ce sont des formules, des incantations, des inventions nécessaires.
Alors, là, dans cette touffeur mystérieuse, nait le fantôme monstrueux, Papa Ricin. Un être qui, seul au monde, ne mange que du bois, dévore arbres et branches, - car on sait, on vient de l’entendre- les autres hommes ne peuvent digérer le bois. Alors en imaginer un qui le peut, qui en est capable et même mieux qui ne supporte que ça. Les fibres de la forêt. Il n’aime pas les enfants aucun enfant, car eux lui font mal au ventre. Est-il méchant ? Mauvais ? Il est seul, unique, dans un monde qui n’est pas fait pour lui. Il porte une veste noire, un chapeau. Son regard fuit et il ne sort que dans des rais de lumière, le fil blond du soleil entre les arbres. Ce sont ses seuls chemins, ce qu’il peut arpenter. Avant que de mordre dans des rondelles de sapin, mâchant sa misère plein de la colère insupportable de sa différence.


Walter Richard Sickert ’Study for ’L’Armoire à glace’’ 1922

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