Journal poétique / www.jouyanna.ch

VASES COMMUNICANTS

vendredi 4 juillet 2014, par Anna Jouy

Chaque Vasescommunicants (en un seul mot et en multiples corps),le premier vendredi du mois, se relève le défi amical d’aller vers l’autre, vers l’inconnu ou l’entrevu. On boucle une modeste valise de mots, toujours « webiques » à fond, et on s’en va planter son petit drapeau sur la Lune d’un autre. Bon voyage !

Pour ceux qui me lisent parfois, l’aspect jardinet, petite carrée et pelouse au cordeau, le côté « réduit national » de mon écriture en quelque sorte, n’a pas dû leur échapper.

Alors la Grande Transhumance mensuelle du Vasescommunicanteur, franchement ça me fait rêver...
Rêver d’ailleurs, rêver de voyages, une aspiration qui en devient presque un œdème scribatoire tant j’en suis oppressée.

Marseille, c’est la ville d’Eric Schulthess, on me l’a dite sublime ;
Les carnets de Marseille, son blog http://carnetdemarseille.com/
Quand j’y passe, franchement, je me dore, de chaleur, d’accents, de sons et de poème. Et je ne suis pas la seule !
C’est vers lui que j’ai tenté le chemin, c’est chez moi qu’il est revenu, vers ses origines.

Voici un Vasescommunicants sur le voyage, trois cartes postales.
Lui de la Terre foulée, moi de la lit-Terre-ature, puisque je ne voyage pas. Pas encore devrais-je oser…

Un grand merci à François Bon et son Tiers Livre http:// www.tierslivre.net/spip/, ainsi qu’à Scriptopolishttp://www.scriptopolis.fr/
initiateurs de ce vivant projet des VasesCommunicants. Remerciements chaleureux aussi à Brigitte Célérier grâce à qui chaque mois, nous ne manquons rien des autres échanges
http://rendezvousdesvases.blogspot.ch/


les cartes postales d’ERIC SCHULTHESS


Les pêcheurs de Kamaishi retrouvent le sourire. C’est l’une de leurs premières sorties en mer depuis plus de deux ans et ce tsunami qui endeuilla la côte nord-est du Japon le 11 mars 2011. Depuis le déferlement sur les villes et villages d’une vague de 18 mètres de haut. Endeuillés, sinistrés, ils ont œuvré à la reconstruction progressive des quartiers dévastés. Ensuite, ils se sont regroupés en coopérative et ont racheté un bateau.
Ce 15 mai 2013, cap vers le large pour récolter huîtres et algues. Joie et fierté palpables. Contenues. Les sourires affleureront de retour au port, une fois les coquillages dégustés ensemble. Mais chaque pêcheur n’oubliera jamais que 500 habitants de Kamaishi ont été emportés par la vague géante et ne sont jamais revenus.

Un couple de mariés avec escorte se rapproche du banc où je me suis posé, dans l’un des parcs de Shanghai. Des rires éclatent parce que le photographe qui les suit fait signe au marié de s’échapper et de revenir sauter au cou de sa femme. Le jeune homme joue le jeu. Il court puis bondit, hilare, bouquet de fleurs à la main. Clic clac. Visiblement amusée, la mariée n’a pas tendu les bras vers son homme. Il a sauté trop tôt. Peut-être un peu gênés tous deux par cette mise en scène légèrement ridicule.
J’aime me promener dans les parcs chinois. Pas un jour sans y faire un tour et observer les gens, ce qui est l’un de mes plus grands plaisirs depuis toujours. À l’écart des allées, sous les arbres, de vieux hommes jouent aux cartes ou aux dés. Installés sur quelques roches, ils parlent fort et fument beaucoup. De leurs poches dépassent deux ou trois billets. Pêcheurs à la ligne, muets et patients comme tous les pêcheurs du monde, grand-mères avec bébés, collégiennes en uniforme, adeptes du jogging peuplent aussi ces grands parcs où la pollution sonore due au trafic automobile semble être mise entre parenthèses. Un jour, j’ai croisé un étonnant couple de danseurs. Adeptes du tango et du paso doble. Ils répétaient leurs pas à l’écart des allées en écoutant leurs musiques favorites sur un lecteur de CD poussiéreux.

C’est un morceau de ma ville. Au bout, tout au bout de Marseille. Tellement au bout qu’on se croirait hors de la ville. Callelongue ça s’appelle. Un quartier de pêcheurs bâti entre roche et mer. Callelongue est un voyage inédit à chaque fois et pourtant si souvent entrepris depuis l’enfance. Lieu de pèlerinage aussi car le regretté Jean-Claude Izzo y venait respirer les embruns, écouter le ressac et trinquer avec les gens d’ici. Dans ses livres, Callelongue vit sa belle vie.
Ce jour-là de la fin août, un garçon s’agrippe aux rochers et regarde vers le bleu outremer. Il va sauter. Il en meurt d’envie. Il hésite et il se lance. Absorbé par le coucher de soleil, je n’ai pas le temps de photographier ce corps fragile lancé dans le vide vers l’eau fraîche. Un vrai moment de grâce. Un voyage au pays de l’enfance. L’évocation fugace de beaux souvenirs. Avec mes copains, nous aussi nous nous jetions à la mer depuis d’autres rochers de Marseille.

Eric Schulthess

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