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journal de l’aube 308

vendredi 5 décembre 2014, par Anna Jouy

Je suis partie hier. Petites routes et voyeuse pressée, sans autre chose que la musique d’une chaîne hi-fi. Je suis dans le boitier automobile de l’orchestre. Certaines musiques ont sur moi des pouvoirs de voyage. Elles tracent des portées d’images. Rien à voir avec celles dont elles furent un jour tirées, je pense.
Chaque matin, c’est la même pioche. Pioche de temps. Quelques grammes de lumière, un peu de musique pour éclore.
Je confie ma libre respiration à des notes. Lenteur du tempo, chaque matin cette scie d’un violon sur les barreaux de la chambre. Voilà qu’il barre lentement l’air d’espaliers imaginaires et que se plantent intacts et durs les gnomons du soleil. J’écoute l’aube pour faire taire la nuit. Nous avons des désaccords grandioses, mystiques et je me sens comme un offertoire dressé sur les pointes- ces aigus ces notes hautes- avant le sacrifice.
L’instrument sauve les paralytiques et dénoue les pelotes du désir. Je ne me lasse pas d’apprendre à vivre, le corps ne lâche jamais les dents. Il se plie au peigne musical. Pärt lisse la lumière et coiffe les fils de l’ange. Je vois surgir mes racines, j’écoute le revenir du temps.
Chaque matin, c’est la même histoire, mon corps recherche l’air avec lequel faire partition. L’esprit est passif, je me laisse surgir à coup d’église et de chapelles. J’envoûte l’existence en suivant les rites hypnotiques du violon. Il lime la médiocrité de ma vie, il use cette pensée qui la méprise.
et mon corps qui se cabre face à la mort et en veut encore sous ses injonctions….
Derrière plus loin évidemment le voyage, toucher l’horizon

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