Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 344

jeudi 29 janvier 2015, par Anna Jouy

Ce besoin,- flagrant délit de l’équilibre instable- ce besoin d’appartenir. Il me faut un lieu, une terre. Pourtant je me sens île flottante, un tas de neige sur une touffe de chrysanthèmes. La terre est un vase précieux dont on ne peut faire aucun usage que le regarder et l’admirer. Appartenir à un vase, comme une fleur
coupée tient belle et droite dans sa tombe. Appartenir pourtant farfadet et flamme qui s’affole sur un puits, un ventre de gaz
Et puis cet autre humain qui serait l’ancre, le piton, l’appui. Me sentir pesante, encordée à la varappe de moi-même, accrochée ainsi à un autre solide ? Tout est dans ce point d’interrogation qui visse l’air et semble s’y tenir et s’y fixer… Puis-je appartenir ? N’être donc existante que par le fait que quelqu’un me retient, sinon la chute inévitable ?- je ne sais toujours pas voler.-
Je sais bien que personne ne doit appartenir et pourtant, ne serait-ce que quelques jours mettre ma vie aux crochets, m’alléger.
Appartenir. La réflexion me conduit au miroir. Ne m’appartiens pas plus. Je glisse sur le lisse, l’apparence. Je suis une ombre de lumière, impossible à atteindre et retenir. Reste cette appartenance presque servile, presque sublime libre, cette appartenance à des cahiers noirs, lignés sur lesquels je me rejoins, parfois, peut-être, sans doute.

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