Journal poétique / www.jouyanna.ch

idées dites

samedi 13 juin 2015, par Anna Jouy

Et puis, ça craque, comme un filet trop plein. Les premiers mots se mettent à clapoter sur la surface silencieuse, de légers bouillons, des frissons sur l’hébétude. Et puis, ça prend du corps, de l’enveloppe, du jus ; les mots se font plus clairs, plus nets. Ils claquent sur l’océan à faire des ricochets et bientôt la mer n’est plus qu’un crépitement de balles perdues. Les mots. Les mots quand ils deviennent furie, quand ils s’embourbent les uns dans les autres, quand ils s’entubent, s’embouchent, s’enfoncent… Les mots, quand ils s’empoignent, se serrent, se malaxent, sont comme des couleurs toutes ensembles et qui ne manifestent soudain plus qu’une immonde grisaille, une boue putride. La barque porte désormais ce bourbier lourd et puant, lestée de rage et d’impuissance. S’en mêle-t-il ? Répondre quelque chose ? Il ne sait plus, probablement va-t-il rejoindre la masse levée des insultes. Il n’imagine pas avoir eu la sagesse de se taire.
La colère toujours autour de lui, vociférante… Il ouvre les yeux. Oui, tout autour la guerre est encore là. Le chien le regarde. Il aboie fort.


Picasso

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