Journal poétique / www.jouyanna.ch

liquides

samedi 12 septembre 2015, par Anna Jouy

Ce pourrait être un poème ou alors une doléance, un dépôt de plainte que je viendrais remettre à un guichet de complaisance. Cette sensation de brandir, d’agiter des révoltes illusions : une secousse un tressautement simulant l’action, un spasme à peine volontaire même, le réflexe du mort qui crache son dentier, sous l’effet d’un petit souffle. J’aurais bien aimé que ça vaille la peine, que ça résonne mais ce n’est rien.
Je trempe la main dans l’ombre. Autant chercher un souffle dans un orage. La mêlée de ces voix gouache mon jour d’un deuil insécable. Je fouille et brasse la nuit, c’est une prise sans miracle où mes doigts ne saisissent aucune tanche arc en ciel.
Trempe la main, le bras, jusqu’à l’âme, draguer le fond des vases obscures. Toucher et reprendre le filet de parole qu’un jour j’ai fait tomber comme une goutte blanche dans le café. L’irréparable liquide. Une mesure immense d’empêchements, d’impossibles devoirs devant laquelle par défi, par orgueil, pour narguer le trou noir jeté sous mes pas, je m’applique éveillée et m’obstine. Et c’est comme changer le monde en pêchant à mains libres. J’aurais voulu en faire un poème mais écrit d’encre et d’une petite voix, ça disparait aussitôt, du fluide d’eau, de noir et d’air.

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