Journal poétique / www.jouyanna.ch

journal de l’aube 498

lundi 30 novembre 2015, par Anna Jouy

j’ai la mélancolie. pas celle qui rêve, non, celle qui pleure, qui longe les déserts frileux, qui ne cesse de traverser les plaines du Nord, qui loge dans les rares fleurs froides, les esprits délavés des couleurs, celle des laines, des bêtes qui broutent les buées. j’ai la mélancolie du corps qui devient si simple quand il se dévêt, maigre toujours sans les sauvages apparences. la mélancolie des fûts noirs et blancs, pelucheux, des bouleaux, des tourbes, des fumées bleuies sous le gel. la mélancolie de l’espace innommable sous ma main, la Terre. j’ai dû beaucoup marcher dans mes anciennes vies. j’avais un compagnon, le vent, l’artiste musicien des herbes et des cloches fantômes. j’étais pédestre, cornue, une bête humaine parmi les bêtes. j’étais nomade, propriétaire multiple des sols, des bois et d’autant d’arpents de ciel que je pouvais courir. j’étais une femme sans barrière, fertile moins souvent que la lune, quand le corps était gras, que le soleil était lourd et quand l’homme avait jeté à terre son collier de dents. j’ai la mélancolie de mes fièvres, des chanvres forts cuits doucement pour détourner ma tête de ses morts. la mélancolie du rire perceur de pierre du courant de mon sang.
ce matin le vent revient, je me souviens. lui seul est resté fidèle.


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